Mémorial des Tuileries : le conflit des Mémoires

L’Histoire, la grande, la triste, la cruelle est en train de rattraper la France. Plus d’un siècle et demi après la deuxième abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, le souvenir des 200 000 femmes, hommes et enfants libérés de la nuit esclavagiste crée la polémique. Nous publions deux textes. L’un d’Emmanuel Gordien, président du Comité marche 98, l’autre de Joelle Ferly, artiste guadeloupéenne. Le débat est ouvert et les commentaires bienvenus .
En 2018, l’actuel président de la République s’est engagé à faire édifier au jardin des Tuileries à Paris un  » monument national pour que la République se souvienne des esclaves eux-mêmes ».
La même année, Edouard Philippe alors premier ministre a confirmé en précisant que ce mémorial  » recenserait les 200 000 noms … ».
Un appel d’offre a été lancé en juin 2020, puis le projet a été suspendu. Certains s’en offusquent tel Emmanuel Gordien, président du comité marche 98, d’autres s’en réjouissent, telle Joelle Ferly, artiste guadeloupéenne :  » Afficher ces noms, dit-elle, ne serait qu’un simple faire valoir pour taire le débat sur la nécessaire reconnaissance des Afro-descendants au sein de la République (…) c’est cela qu’il faut réparer et non faire allégeance à des noms  » francisés, christianisés » imposés souvent dans l’irrespect le plus cru : « Gros-désir », « Blanc »,  » Clitoris ».

Après l’abolition en 1848, des noms ont été attribués aux anciens esclaves par des officiers d’Etat civil quelques fois cyniques et méprisants, le travail du CM98 qui a recensé ces noms en témoigne. Mais est-ce offensant pour les victimes ou les coupables de graver ces noms dans le marbre du jardin des Tuileries ?
Emmanuel Gordien pose la question. Pour lui:  » Le fait de faire passer ces noms à la postérité est une réparation symbolique majeure, qui indique que la France reconnait avoir pratiqué l’esclavage […] Nous avons trouvé des noms qui sont effectivement péjoratifs, cela a été fait par la France. Quand on parle de crime contre l’humanité, c’est qu’il y a crime contre l’humain. Le crime contre l’humain, c’est que nous avons honte de cette origine-là, nous n’arrivons pas à la porter… L’inverse doit arriver, les autres doivent dire : ‘nous avons commis un crime, nous nous repentons de ce crime’. C’est essentiel ».
D.L

CES NOMS DONT ILS ONT HONTE
par Emmanuel Gordien

Les esclaves des anciennes colonies françaises n’avaient pas de noms de famille. Seulement un prénom, qui leur était donné lors de leur baptême après la naissance ou au sortir du bateau négrier. Mais, pour le Ministère de la Culture, ces noms ne siéent point au prestigieux Jardin des Tuileries, où un monument doit être dressé en leur mémoire. Le Ministère signifie, par ce refus, que bon nombre de Français seront pour toujours chassés de la lumière.
Gustave Lurel, Jean Glissant, Marie Sinaïde Chamoiseau, Placide Césaire, Jean Chevry, Charles Chasseur, Mathurin Thuram, Henri Lincertin, Césaire Taubira, Jean-Pierre dit Grand Chalus…
Voici 10 parmi les 200 000 personnes qui n’avaient qu’un prénom lorsqu’elles étaient esclaves dans les anciennes colonies françaises et à qui furent attribués un nom de famille, après le 27 avril 1848.
Tous ces prénoms et noms devaient être gravés sur le Mémorial National des victimes de l’esclavage aux Tuileries.
Devaient… car le Ministère de la Culture en a honte : il n’y voit que des noms d’esclaves !
Pourtant, le 27 avril 2018, le Président de la République s’était engagé à les honorer: «Je souhaite aussi que la République se souvienne des esclaves eux-mêmes […]. Pour que jamais ne s’efface leur souffrance, je soutiens le projet d’ériger à Paris, dans le jardin des Tuileries, un Mémorial National qui rende hommage à ces victimes, comme le demandent légitimement plusieurs acteurs de cette mémoire ».
Ainsi fut la parole de la République en cette année 2018, en réponse au projet du CM98 d’honorer les hommes et les femmes qui, leur vie durant, travaillèrent en esclavage pour que des fortunes se construisent en France continentale.
Paroles du Président… mais le Ministère de la Culture en a honte : il n’y voit que des noms d’esclaves !
Le 10 mai de la même année le Premier Ministre, Édouard Philippe, déclarait:
« dès lors, graver dans la pierre la dignité de la personne humaine sera l’objectif du Mémorial qui recensera les quelques 200 000 noms donnés aux esclaves des colonies françaises en 1848 et dans les années qui ont suivi. Le Président de la République a souhaité que ce monument se dresse au Jardin des Tuileries, où s’élevait jadis le bâtiment de la Convention qui a voté la première abolition et d’où l’on voit l’hôtel de la Marine où a été signé la deuxième abolition ».
« Graver dans la pierre la dignité de la personne humaine ».
Graver… mais le ministère de la Culture en a honte : il n’y voit que des noms d’esclaves !
Les esclaves des anciennes colonies françaises n’avaient pas de noms de famille ; juste un prénom, le plus souvent chrétien, qui leur était donné par leur parrain et marraine lors de leur baptême après la naissance ou au sortir du bateau négrier, une fois arrivés dans les habitations. À l’abolition, le 27 avril 1848, la Commission Schœlcher proposa qu’un nom de famille leur soit attribué. Ce fut le cas pour 87 500 Guadeloupéens, 74 000 Martiniquais, 64 000 Réunionnais et 13 500 Guyanais.

Acte fondateur de la citoyenneté française dans les anciennes colonies, cette opération fut consignée dans des registres de nomination. Véritable « pierre de Rosette » entre le monde de l’esclavage et celui d’après, ces trésors furent découverts dans les archives qui furent patiemment compulsées par des bénévoles du Comité marche du 23 mai 1998 (CM98) et de l’AMARHISFA (Association martiniquaise de recherche sur l’histoire des familles) au milieu des années 2000. Ils saisirent méticuleusement ces noms sur leurs petits tableaux Excel, et ce jusqu’à aujourd’hui. Travail titanesque de recueil qu’ils accomplirent avec enthousiasme et détermination, animés qu’ils étaient par l’émotion de retrouver enfin des aïeux. Il fut alors décidé de les honorer pour les sortir de la honte en inscrivant leurs noms, prénoms et matricules, dans des livres, sur un mémorial itinérant, sur un site Internet et sur des monuments.

L’immense ferveur de ces femmes et ces hommes descendants d’esclaves découvrant leurs aïeux et le profond recueillement qu’ils imposaient chaque 23 mai, Journée Nationale qui leur était dédiée, firent naître l’idée d’un projet de Mémorial National. Dès lors, le choix du Jardin des Tuileries comme dépositaire de cette mémoire, devint une évidence par son prestige, son histoire (la royauté esclavagiste renversée par la République), sa fréquentation (14 millions de visiteurs par an, sa situation (en face de la Place de la Concorde flanquée à sa gauche de l’Assemblée Nationale et à sa droite de l’Hôtel de la Marine où fut signé le décret de l’abolition de l’esclavage).

C’est ce projet présenté par le CM98 qui fut retenu en 2018 par M. Emmanuel Macron, Président de la République et philosophe, puisqu’il comprit immédiatement l’importance d’inverser la valence du stigmate de l’esclave pour rendre sereinement possible l’affiliation des Français descendants d’esclaves à leurs aïeux.

Mais, pour le Ministère de la Culture, ces noms ne siéent point au prestigieux Jardin des Tuileries, jardin créé par Catherine de Médicis en 1564, rénové par André Le Nôtre sous les ordres de Jean-Baptiste Colbert en 1664, 29 ans après que le premier déporté africain eut mis pied sur les terres de Guadeloupe et de Martinique.
Alors des noms d’anciens esclaves en ces lieux, quel sacrilège !
Officiellement, il n’y a pas assez d’espace… aux Tuileries. Toujours officiellement, il faut une œuvre d’art, contemporaine et pas un « mur des noms », car ce n’est pas dans la ligne éditoriale du Jardin des Tuileries.
Il est tout simplement ahurissant de constater, que le Ministère de la Culture en s’opposant aux prescriptions du Premier Ministre, ne voit pas que derrière ces noms d’esclaves, il s’agit des noms de citoyens français.
De ce Ministère auquel tout citoyen serait en droit d’attendre une certaine vision humaniste de l’histoire de France, nous pouvons dire qu’il reste reclus dans la plantation esclavagiste. Il veut en effet maintenir l’ordre qui prévalait dans cet espace concentrationnaire : l’impossibilité de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Le Ministère de la Culture signifie par ce refus, que bon nombre de Français seront pour toujours chassés de la lumière, assignés à des résidences choisies et qu’ils ne sont pas autorisés à énoncer sur la Scène Nationale, le récit particulier qui a fait d’eux des Français.

L’affaire est maintenant entre les mains du Président de la République !

LE CONCOURS DU MEMORIAL DES TUILERIES ERADIQUAIT
DU RECIT NATIONAL L’ESSENCE DE NOTRE AFRICANITE

— Par Joëlle Ferly, Artiste et Fondatrice de L’Artocarpe, —

Avoir pu faire entendre ma position, est pour moi une victoire…

Ma candidature s’est retrouvée au cœur de la polémique du Mémorial en hommage aux esclaves, dont le cahier des charges imposait l’inscription des 200 000 noms attribués aux nouveaux affranchis. Avec 10 experts(1), j’ai rédigé, pas moins de quinze pages démontrant mes réserves à voir ces noms exposés, ce qui aurait nécessairement oblitéré à jamais notre origine africaine. Le risque alors était que ce projet pouvait également attiser de nouvelles tensions.
Ma proposition consistait en partie à renommer cette liste par des noms africains en impliquant des milliers de scolaires. Cette performance sonore aurait permis, à l’échelle nationale, de rappeler l’interdépendance entre la France et l’Afrique ; réalité généralement peu comprise ou peu connue.

L’appel des Tuileries revenait à du pur tokenism, à savoir, un simple faire-valoir pour taire tout débat sur la nécessaire reconnaissance des Afro-descendants au sein de la République.
A travers l’inscription des noms administrés, la France aurait donné l’image d’un pays qui se dédouane rapidement de ses crimes passés d’une part et de son obligation à rectifier le discours national, ce qu’exigent plusieurs associations.
Si la France a un problème avec son passé esclavagiste, il n’en demeure pas moins qu’il nous revient à nous, arrière-petits-fils d’esclaves, de prendre les rênes pour sortir des discours sclérosés et des visions assimilationnistes qui nous divisent.

Les études culturelles internationales au sens large, doivent nous servir. La contribution de la France sur les questions décoloniales, reste trop infime, ce qui va même jusqu’à provoquer une certaine gêne chez nos compatriotes qui expérimentent à l’étranger, un autre modèle de diversité pleinement épanouie. Sans faire du French Bashing, notre pays n’a pas toujours bonne presse, hors frontières, du fait même du décalage entre ses velléités symboliques à reconnaître son passé sombre –surtout à l’approche des présidentielles- et les réalités du terrain, notamment pour les banlieues et les ultramarins. L’hypercentralisation des discours ne passe plus pour des compatriotes basés loin de Paris ou qui excellent hors de France.
Il convient d’éviter l’éradication de toute trace africaine : notre héritage s’est déjà vu confisquer notre filiation, religion et patronymes africains. Que je m’appelle « Ferly » ou « Tartampion » ne doit pas faire de moi un être qui valorise aveuglément un nom imposé. Ce serait renier doublement mes aïeux, lesquels à leur arrivée d’Afrique, portaient un nom à haute valeur symbolique et une traçabilité protégée par les griots, ces experts de la généalogie au sein de la tribu. C’est cela qu’il nous faut réparer aujourd’hui et non faire allégeance à des noms « francisés, christianisés » imposés souvent dans l’irrespect le plus cru: « Gros-Désir , Blanc, Clitoris… ».
Le terme « Afro-Américains » replace l’apport des Africains dans la construction même des Etats-Unis. Des célébrités qui par la force du métissage, ont aujourd’hui la peau très claire, sont fières de revendiquer leur lien à l’Afrique, et de vanter le « Black is Beautiful » loin de toute forme de honte.
La célébration des noms à Paris, aurait entrainé peu-à-peu, la disparition de cette part identitaire africaine de nos familles, lesquelles se « blanchissent » inéluctablement par le biais des rencontres amoureuses et des migrations forcées. L’esclavage français se serait alors très vite réduit à un épiphénomène au sein du discours national de cette ancienne puissance coloniale, laquelle n’aurait eu que 200 000 noms à commémorer. Pour une question mémorielle, nous sommes loin du compte ! Sur tout sujet sensible, il convient d’être prudent et de ne pas se tromper de débat. Les réactions épidermiques pour le maintien des noms de 1848, traduisent un manque de réflexion au sein de la société pour adopter une position consensuelle porteuse de sens pour les générations futures.
A l’inverse des USA, où les lobbies ont œuvré durement, la France échappe à l’étiquette d’ancien pays esclavagiste dans l’imaginaire collectif.
Dire que l’on est « Afro-descendant », c’est pourtant bien rappeler le crime contre l’humanité au quotidien, surtout que celui-ci perdure. Cette inscription au sein même du langage est un acte mémoriel pour les Africains déportés. Cela n’a rien d’hypocrite, ne coûte pas 1 million d’€ et évite à plusieurs millions de personnes, des souffrances psychologiques causées par l’aliénation à se croire ce qu’elles ne sont pas. Si un enfant demandait la définition d’un « Afro-Franco-Caribéen », il obtiendrait nécessairement la référence à l’esclavage, système sur lequel repose l’actuel système libéral. En effaçant toute trace à l’Afrique, ce mémorial contribuait pernicieusement, à réduire l’ampleur du crime à une stèle érigée sur 300m2 au fond d’un parc parisien. Pire, il faisait primer l’acte de « résurrection » des Africains en citoyens français. La France joue sur l’ambiguïté du fait que l’esclavage n’a pas eu lieu en Hexagone. Ainsi, la jeunesse Française associe l’esclavage principalement aux USA, sans se sentir concernée par cette histoire. Idem pour les grandes familles dont la fortune repose sur l’esclavage, directement ou indirectement. L’éloignement géographique ne facilite pas l’ancrage de ce pan de l’histoire au sein des consciences nationales. Ce qui est doublement criminel.
Le CM98 a opéré un travail remarquable de filiation pour les familles Afro-descendantes, en besoin de réponses sur leur lignée. Cependant, ces heures de collecte et de mise en valeur des noms attribués à nos ancêtres Africains, doivent se célébrer dans la cellule familiale et communautaire sur le sol où a sévi l’esclavage : l’exemple du Morne-Mémoire de la commune des Abymes en Guadeloupe est, tout comme la Whitney Plantation aux USA, très pertinent.
Par contre, l’insistance du CM98 à vouloir ériger la liste de ces noms dans la capitale, traduit à la fois un conflit générationnel –mimétisme du Schœlcherisme- et une méconnaissance de l’avancée des travaux universitaires des descendants d’esclaves à travers le monde, lesquels pointent du doigt grandement la France et son principe d’assimilation. Citer Stuart Hall et Glissant sans appliquer leur propos ne sert à rien.
Il m’a été rapporté que ma candidature a fortement été remarquée par le jury, lequel aurait même envisagé ma proposition pour la pré-sélection qui retenait 5 candidats sur 80. Pourtant, je remettais en question la validité de ce mémorial que j’envisageais formellement de réformer.
Ma structure L’Artocarpe, promeut l’art contemporain depuis 2009. Nous menons sur l’international, des réflexions de laboratoire intitulées A. CURE : Alternative curating. L’idée est de repenser (et re-panser) certaines pratiques curatoriales des créations des Afro-descendants, lesquelles sont parfois des vrais remèdes (cure en anglais) contre l’arrogance de ceux qui s’octroient le droit de parler en notre nom.
Une exposition rétrospective de l’artiste Jean-Michel Basquiat au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 2010 m’a fait prendre conscience de l’inconvénient à manquer de diversité: trois commissaires –tous Français « blancs »- présentaient l’artiste, sans aucune expertise biographique. Ils n’ont pas su identifier un portrait pictural titrant « VNDRZ » alors qu’il renvoyait à l’un des plus grands photographes noirs de Harlem: (James) Van Der Zee. De tels exemples font légion !
Malgré l’indélicatesse de la part de la plateforme du concours des Tuileries à couper tout échange avec les postulants depuis Octobre 2020 ; malgré deux mois de travail non payés pour toute mon équipe qui a cru en mon projet, je me réjouis de l’abandon de cet appel, retransmis par la presse lundi dernier. Cela prouve bien que l’art et les artistes sont à même de faire avancer les débats qu’un tel mémorial sous-tend, et ce au plus haut niveau!
Il manque une sensibilisation auprès de tous les publics et pas uniquement avec le CM98 qui semble avoir été la seule association consultée. Durant le confinement de mars 2020, j’interpellais une responsable de la Culture au Conseil départemental de Guadeloupe au sujet des travaux d’agrandissement du Musée Schœlcher de Pointe-à-Pître, lequel me semblait devenir inapproprié. Quelques jours après mon message, se sont tenus les déboulonnages des statues de Schœlcher en Martinique et dans plusieurs pays du monde. Il convient donc d’entendre les artistes qui sont bien plus que des simples « plasticiens » : leurs œuvres reflètent souvent le pouls social ambiant…
En poursuivant ce mémorial, l’Etat allait à la discorde mais surtout au ridicule. J’ai le souvenir de l’emplacement d’une église sur le site mémoriel de Gorée au Sénégal : les Afro-Américains refusaient d’y entrer et allaient même jusqu’à cracher à la porte en signe de colère contre le pouvoir religieux complice.
Sémiologiquement le message envoyé par un mémorial célébrant la mémoire des Africains à travers des noms français, revenait à la glorification de l’entreprise coloniale et donc des bienfaits de la colonie, ce que des lobbies Afro-Américains ainsi que nos jeunes -qui à juste titre, ont soif de justice sociale-, n’auraient pas laissé passer.
Malcom Little n’a pas pris son nom de Malcom X par hasard… Il envoyait un message clair à la postérité d’une nécessaire mise à distance avec toute entreprise esclavagiste, coloniale y compris leur rhétorique. Mieux vaut sacraliser la dépouille d’un esclave inconnu ; ce qu’à mon sens, un tel mémorial –voire également, le Mémorial ACTe (MACTe)- auraient dû faire.
Il y a des années, alors que je lui demandais de s’exprimer sur une déclaration de la Commission for Racial Equality, laquelle invitait la communauté noire de Grande-Bretagne à « s’intégrer », l’illustre Stuart Hall m’a lancé: « No surrender ! » en me faisant bien comprendre notre droit à rester nous-mêmes (Afro-descendants) sans jamais laisser quiconque remettre en cause notre Africanité. C’est aussi le message Glissantien, qui prône la reconnaissance d’une diversité sans devoir se fondre dans un moule formaté.
Il est temps de repenser ce mémorial collectivement car le CM98 faisait ici, fausse route. Les artistes ont une véritable carte à jouer en termes de propositions et d’apports en connaissances… Quant à la France, elle a tout à gagner en matière de revalorisation de son image sur l’international, en prenant en compte la voix des artistes, surtout en ce qui concerne cette importante et incontournable question mémorielle.

(1) Dont le jeune architecte Etienne Roussas et le cabinet de l’architecte Emile Romney, L’Historien Claude Hoton, L’auteur Guy Lafages, Le styliste Jean-Marc Benoit, Le commissaire d’exposition Olivier Marboeuf (Un lieu Pour Respirer – ex espace Khiasma), La chargée de mission Fabienne Pourtein (Maison des Suds), Le cabinet d’étude SOW CSP, L’expert en MO, Mr Olivier Maes, La Fondation Fore et Le Dr Henry Joseph (Phytobokaz).

Auteur : perspektives

Didier Levreau, créateur en 2010 du site Perspektives, 10 ans d'existence à ce jour

2 réflexions sur « Mémorial des Tuileries : le conflit des Mémoires »

  1. Je lis les arguments de l’un et de l’autre, ils se tiennent, mais comme le dit le commentaire précédent les deux ne partent pas d’un même point de vue. Ils sont même assez éloignés .
    Ce que dit J. Ferly sur l’expo Basquiat me fait réfléchir: faudrait-il être noir pour tout comprendre de Basquiat, parce qu’il est noir ; j’ai comme un doute. Alors faudrait-il être un commissaire d’expo blanc pour tout comprendre de Picasso ou de Paul Klee, parce qu’ils sont blancs … cette pente me semble très glissante. Est-ce en ajoutant des murs de verre qu’on fera disparaître ceux qui existent, cela me parait dangereux.

  2. Les deux textes ont une cohérence certaine, la différence repose sur le fait, il me semble que J Ferly se pose en dehors de la France, elle semble porter un regard extérieur , comme si ailleurs la situation des Noirs étaient réellement meilleure. Elle évoque les USA, les Afro-américains sont-ils mieux traités ? Je m’interroge … Ils font mieux entendre leurs voix, bien sur, ils sont plus de 40 millions et globalement ils ont été plus longtemps « maltraités » que les Afro-Européens. Dans les années 1920/1930 nous étions lynchés aux USA, dans ces années là mon grand-père était  » déjà » enseignant en Guadeloupe et ne risquait pas sa vie tous les matins en sortant dans la rue, comme les Noirs du sud des USA ou même de Chicago, s’ils n’avaient pas le  » bon comportement ». C’est à dire respecter la ségrégation !
    Bon, on ne va pas faire la course à la victimisation des Noirs à l’échelle mondiale, mais ce sont des choses à rappeler. La France a ses zones d’ombres évidemment, et de graves zones même, mais laisser entendre que ce sont les Noirs ou les Guadeloupéens  » expatriés » seulement qui portent un regard critique serait une erreur, une faute peut-être, tout comme laisser croire qu’un Afro-européen ne peut pas faire sa place en France, comme s’il était systématiquement barré, c’est n’est pas juste, même si c’est parfois compliqué. Il me semble d’ailleurs qu’Emmanuel Gordien, médecin virologue et chef de service dans un hopital à Paris est un exemple parmi pas mal d’autres. Là aussi réside la différence de ton des deux articles, parcours et histoire personnelle différente … mais bon les deux discours doivent pouvoir se rejoindre, le juste chemin est quelque part entre les deux.

Les commentaires sont fermés.