La Guadeloupe est-elle un territoire développé ou sous-développé ?

La revue Etudes guadeloupéennes a lancé un appel à  contributions pour envisager l’avenir de la Guadeloupe. Ce petit territoire de 400 000 habitants loin de  » sa métropole » vit des moments difficiles, tiraillé entre la destructuration de son tissu social et familial et un modèle de société qui s’impose, fondé sur la consommation et le paraître. Comme si l’arrivée de la 4G, allait tout résoudre.

 Un observateur superficiel pourrait croire que la Guadeloupe a atteint des normes de consommation et de confort qui feraient d’elle un territoire développé. Et pourtant, la question du développement se trouve encore, de façon récurrente, au coeur du débat politique guadeloupéen. Le développement des nations est une idée neuve dans la pensée économique et plus largement dans l’histoire de l’humanité. Les peuples et les nations étaient jugés en termes de niveau de civilisation et de progrès économique et technique. Par exemple, les nations se distinguaient surtout par la qualité de leur production littéraire et artistique. La question du développement a été posée après la seconde guerre mondiale par la mise en exergue de l’état de pauvreté des  » pays du Sud « . A partir des années 1960, une abondante littérature économique va décrire les aspects, les causes, les mécanismes de ce que les économistes vont appeler  » sous-développement  » ou  » retard de développement « .

Quel sens donner au terme  » développement économique?
L’Américain ROSTOW en 1960 a indiqué le chemin parcouru par les puissances économiques de l’époque pour accéder au développement. L’ouvrage  » Les étapes de la croissance économique  » propose ainsi à  toutes les nations un modèle à  suivre. A ce modèle capitaliste mis en équation par certains théoriciens, les marxistes opposent un autre qui permet d’éradiquer les contradictions du capitalisme. Le modèle socialiste devrait d’autant plus s’imposer aux  » nations prolétaires  » qu’il s’oppose à  un système dont l’expansion est la cause du sousdéveloppement. Mais ce modèle dans sa conception soviétique a fait long feu, notamment dans deux de ses principaux représentants : l’URSS et la Chine populaire. Dans le même temps, le modèle classique de développement est remis en question dans les pays à  économie capitaliste eux-mêmes. Les limites de ce modèle se trouvent non seulement dans les graves déséquilibres sociaux et culturels qu’il engendre, mais aussi dans les nuisances, dans l’épuisement programmé des ressources naturelles, globalement dans l’atteinte à  l’environnement.

Les petits territoires comme le nôtre subissent encore plus fortement toutes ces contraintes. Il faut y ajouter toutes celles liées à  un passé esclavagiste et à  une domination coloniale dont les séquelles sont encore visibles. Dès lors, on doit s’efforcer de concevoir un type de développement authentique qui permette d’éliminer les nombreux problèmes économiques et sociaux dus en grande partie à  une forme de sousdéveloppement qui ne dit pas son nom. Encore faut-il s’entendre sur la notion de développement économique et social propre à  un territoire comme le nôtre.

Dans le passé, des plans ont été élaborés (ex Plan Dijoud en 1974), des schémas conçus (SAR, schémas d’aménagement régional), des projets envisagés, quelquefois fantasques comme celui d’un super complexe touristique à  Grand-Baie Gosier, et malgré tout cela personne ne peut affirmer que la Guadeloupe a pris le chemin du développement. Evidemment, selon les courants politiques, selon les critères retenus, les perceptions du développement sont tout à  fait différentes, voire s’opposent. A la vue du nombre impressionnant de grosses berlines et de 4×4 qui circulent sur les routes, des différentes infrastructures, la Guadeloupe fait pâlir d’envie nombre de nations de la Caraïbe. Mais quel développement dans une économie de production indigente et un tissu social délabré ? Pire, avec le retrait de plus en plus marqué de l’Etat-Providence, le poids de la mondialisation, le contexte économique et social s’est aggravé. Ce cadre théorique posé, nous suggérons quelques orientations en matière de questionnement, de problématiques susceptibles de donner lieu à  des contributions.

DEVELOPPEMENT ET STATUT POLITIQUE

– Le développement de la Guadeloupe passe-t-il forcément par un changement du statut politique ? – Le statut politique actuel est-il un obstacle au développement ? – En quoi un nouveau statut politique serait un levier du développement ?

DEVELOPPEMENT ET ECONOMIE

– Quel type d’économie est à  même d’assurer un développement efficace ? (Rapports entre développement endogène et ouverture sur l’extérieur) – Secteurs traditionnels et secteurs innovants – Le développement durable et les énergies nouvelles

DEVELOPPEMENT, ECOLE, FORMATION, CULTURE, RECHERCHE

– Surmonter les faiblesses de la formation initiale, de la formation professionnelle – Quelle politique de recherche ? – Quel rôle peut jouer la culture ?

DEVELOPPEMENT ET DEMOGRAPHIE

– Sur quel potentiel humain peut-on compter si la population vieillit et si le renouvellement générationnel n’est pas assuré ?

DEVELOPPEMENT ET DEMOCRATIE

– Comment un développement peut-il affronter les défis nouveaux dans un système politique verrouillé par des fonctionnements claniques et clientélistes. Comment libérer les énergies citoyennes pour les mettre au service du développement ?