Après le meurtre d’un lycéen guadeloupéen « Tous responsables, perdus dans le confort douillet de la télé et des grosses voitures »

Le message de Sonia, lu le jour de la marche blanche à  Pointe-à -Pitre est un cri du coeur. « Tous responsables des dérives de la jeunesse … » C’est difficile à  entendre pour certains. Mais n’est-ce pas nous les adultes qui avec nos illusions et nos espoirs, nos réussites mais nos échecs aussi, avons contribué à  construite ce monde o๠des ados se tuent pour un téléphone portable. Ce cri du coeur puisse-t-il faire réfléchir et agir chacun d’entre nous.

  » Comment dire à  ces jeunes qui sont nos enfants que nous avons besoin d’eux, que notre pays a besoin de leur fougue et de leur imaginaire ?

Comment leur dire que leurs blessures sont aussi les nôtres et que leur désespérance est aussi notre désespoir, que le sang qui coule n’enrichit pas notre terre mais que bien au contraire, il la stérilise ?

Quel horizon leur avons nous offert ?

Politiques, acteurs économiques ou parents, nous sommes tous responsables :

Nous avons trop souvent tourné la tête

Mais nous aurions d û nous insurger face aux manques de moyens dans l’éducation et la formation : comme quand il manque une cantine dans certains établissements scolaires et que les élèves sont livrés à  eux mêmes le midi, au risque d’être agressés dans la rue.

Nous aurions d û nous insurger quand l’horizon pour nos jeunes mais aussi malheureusement pour de plus en plus de nos ainés, c’est Destrelan et Mac Do.

Nous avons laissé nos enfants seuls devant des clips vantant la bestialité et le sexe trash.

Nous nous sommes tus lorsqu’on empoisonnait le sang de notre pays par la chlordécone mais aujourd’hui c’est le sang de nos enfants qui coule.

Quel est notre imaginaire commun quand faute de mots pour s’exprimer nos enfants n’ont plus que des armes?

Quel est notre désir commun ? Quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et pour demain ?

Nos parents et nos grands-parents se sont battus pour être debout, droits. Ils ont marché pour le droit à  la santé, à  l’éducation, pour être reconnus dans leur humanité et pour vivre décemment. Avons-nous perdu cet héritage en nous berçant dans le confort douillet des grosses voitures et de la télé ?

70 gendarmes hier, 200 gendarmes demain ? Notre avenir est-il celui d’une société quadrillée par les forces de l’ordre?

Dans 25 ans, notre pays sera le département le plus vieux de France: quelle place voulons-nous donner aux jeunes dans notre pays qui se couvre d’EHPAD ? Des formations au rabais, des CDD, la drogue, l’alcool, l’exil ? Quand une partie de notre jeunesse s’en va, faut-il que le sang de ceux qui restent coule ?

Cette marche était symbolique. La tâche est immense. Nous devons maintenant peser en tant que société civile et nous indigner systématiquement. Il n’est peut-être pas trop tard.