BOUKAN

Nous publions le poème que nous adressé Dominique Domiquin. Particulièrement bien écrit. Mettre des mots sur les sentiments, dire l’indicible, nous révéler à  nous-mêmes, tel est le travail du poète. Dominique s’y est efforcé, sur un sujet qui n’est pas celui de la facilité. J’ai vendu mon frère un matin de savanes boulées

Je savais la route des douleurs

Mais ma soif

Quand même l’a voué

Au boukan des transplantations crues

Aux sueurs lointaines d’îlots mélasses

L’âme à  vide, j’ai vu filer la voile

Sans mot dire, âcre.

Et l’horizon étanche a étouffé le cri

Et les os jonchèrent en moi seul

Et j’enterrai le sens sous mes masques

Et l’alambic sorcier tourna la chair en sucs

Et j’ai pensé « Le sang taira »

Pour la soif

Moi-bâtisseur de ruines

Pharaon de chimères phalliques

Orphelin d’une case démembrée

Parent d’enfants d’îles enlisés

Aveugle et sourd

Etais-je suis-je serai-je ?

Qui sont mes bâtards héritiers ?

Quels yeux griffent à  jamais mon regard détourné ?

Quels talons martèlent ma mémoire ?

Murmures épais, soufres tenaces

Murmures épais sous silences persistés

Murmures crépus sous chemins d’étraves

Aveugle et sourd

Etais-je suis-je serai-je ?

En bas là 

Par laves, liées sous la nasse des siècles

Secousses et saccades sourdent

D’entrailles d’o๠saillissent ce que ma bouche tait

Viatique, témoin sacré de familles

Passé de mères sages à  fils révoltés :

Complicité de Crime

Contre l’Humanité

DD