Pour lire le passé et le présent de la Guadeloupe un journal de vulgarisation d’infos anciennes

Historiacte, un hebdomadaire un peu particulier va paraître à  partir du mois d’octobre en Guadeloupe. A partir de documents d’archives mis en page comme des informations ordinaires, cette publication propose de lire des actes du passé et du présent de l’île. Pour que les non spécialistes accédent aux sources historiques. Entretien avec son initiateur Jack Cailachon. Perspektives: Comment est née l’idée de ce périodique qui puise sa matière dans les archives de la Guadeloupe?

J.C : Quoique juriste de formation, je me suis de tout temps intéressé à  l’histoire, notamment celle de notre zone géographique et singulièrement de la Guadeloupe. Par ailleurs, curieux de généalogie, j’ai assez rapidement fréquenté les Archives départementales de la Guadeloupe à  mes moments perdus et, par ce biais, j’ai progressivement découvert une richesse archivistique concernant la Guadeloupe bien plus importante que les seuls vieux papiers d’état-civil que traquent habituellement les amateurs de généalogie. Ayant fait toute ma carrière à  différents postes d’encadrement et de direction de collectivités territoriales, en Guadeloupe pour l’essentiel, j’étais naturellellement familier de ce que l’on nomme « acte administratif » et j’en découvrais toujours davantage du passé guadeloupéen en compulsant les recueils officiels de ce passé. Il faut savoir en effet que les actes administratifs contribuent par nature à  la constitution, l’encadrement et au fonctionnement des sociétés organisées dont, en creux, ces documents officiels nous disent nécessairement quelque chose, notamment à  la lecture des motifs (les fameux considérants voire, de rares fois, un préambule ) qui conduisent les autorités, auteurs de ces actes, à  en arrêter les dispositifs correspondants afin de réglementer tel ou tel aspect du « vivre ensemble » d’une société donnée à  un moment donné.

Le gisement d’actes administratifs – d’un passé guadeloupéen révolu – qu ‘explorera – hebdomadairement – HISTORIACTE à  compter du 1er octobre 2011, parle naturellement au lecteur d’une société datée et connotée : la société coloniale créole guadeloupéenne, formellement ségrégationniste jusqu’au début des années 1830, formellent esclavagiste jusqu’en 1848 et informellement racialisée jusqu’à  bien plus tard encore. Ce gisement est d’ailleurs bien souvent le même qu’utilisent les auteurs de travaux de recherche universitaire s’intéressant au même domaine d’exploration du passé qu’HISTORIACTE qui, d’ailleurs comme eux, cite systématiquement ses sources. Ce qui peut faire la différence d’HISTORIACTE, c’est une certaine volonté de vulgarisation d’infos anciennes. Dès lors cette option commandait une certaine forme de transmission plutôt que d’autres (essentiellement, celle d’un livre) : celle – que revêt HISTORIACTE – d’un périodique, hebdomadaire en l’occurrence. Avec sa spécificité de journal hebdomadaire, HISTORIACTE, veut élargir de façon inédite en Guadeloupe l’accès de « Monsieur tout le monde » aux sources écrites anciennes concernant le passé Guadeloupéen, et se veut donc une nouvelle ressource documentaire désormais disponible à  côté de celles , déjà  nombreuses, émanant de tous ceux qui, avec compétence, ont déjà  écrit, écrivent ou écriront, dans le même champ, mais sur des registres différents : scientifique, partisan, militant ou autrement passionnés, orientés et engagés.

PPK : Les Guadeloupéens connaissent-ils bien leur histoire ? Votre travail se veut-il pédagogique ?

J.C : Le monde contemporain se soucie peu de passé, à  une époque o๠le présent est difficile et l’avenir difficilement déchiffrable. la Guadeloupe n’est pas extérieure au monde et ce serait étonnant qu’elle s’en distingue nettement sur ce point, que la connaissance des Guadeloupéens quant à  leur histoire soit remarquable. En revanche, en Guadeloupe (comme ailleurs dans le Nouveau Monde en général) née de l’histoire tragique de l’esclavage, il est clair que, depuis quelques décennies, il y a une salutaire quête identitiaire qui irrigue le champ culturel guadeloupéen et dont la « remontée dans le passé », assortie d’une « relecture » est un point de passage obligatoire . L’histoire étant tout sauf neutre il est non moins évident que les quêtes de cette nature ne sont jamais sans enjeu, mais il est également clair qu’elles ont vertu de thérapie psychanalitique à  l’échelle d’ue société. Si l’esclavage, la ségrégation et plus largement le préjugé de couleur forment ce qui surplombe lourdement le passé colonial de la société guadeloupéenne et que l’ombre de ce passé antérieur à  1848, voire 1946 porte bien au-delà  de ces dates. La société guadeloupéenne d’antan était aussi confrontée aux défis du quotidien du vivre ensemble de toute société, esclavagiste ou pas : le prix du pain ? l’éradication des chiens errants ? les transports en commun etc.

Découvrir également ces « petites choses » du passé adossées au fond d’écran raciste, esclavagiste et ségrégationniste, de la société créole coloniale de la Guadeloupe Antanlontan participe aussi à  la découverte de son passé (plus que de son histoire)…et quoi, mieux qu’un acte, administratif pris au XIXème pour autoriser l’extermination violente des chiens errants, pour nous dire que, souvent, il n’ y a rien de nouveau sous le soleil : au XIXème, comme aux XXème et XXIème siècles. Les chiens errants ont toujours pourri la vie de la société guadeloupéenne, avant comme après l’esclavage. En « exhumant » et présentant aussi des actes anciens aussi banals, HISTORIACTE essaye de faire, semaine après semaine, la chronique des jours ordinaires d’une société extra-ordinaire car fondée sur l’inacceptable. De ce point de vue , et surtout car il emprunte la forme journalistique d’un hebdomadaire, il y a assurément une dimension pédagogique, didactique (du moins au sens large) dans la démarche.

– PPK : Dans le premier numéro, beaucoup d’informations tirées de l’histoire, se mélent et s’entrecroisent. Il est question des règles d’affranchissement des esclaves en 1831; de l’immigration indienne en 1889; du mariage d’un migrant africain la même année; d’un avis de recherche en 1788; de la mangrove en 2011. Vous disposez d’une matière quasi illimitée, comment procédez-vous pour choisir les sujets ?

J.C: Hormis de puiser dans le stock de documents anciens conservés principalement aux Archives de la Guadeloupe (Bisdary, Gourbeyre) je ne m’impose aucune méthodologie particulière : je puise au hasard, et de façon totalement aléatoire, effectuant mes sélections au feeling de mon intérêt de lecteur lambda le supposant partagé avec celui d’ HISTORIACTE; La méthode a certes ses avantages et ses limites mais, globalement, une certaine logique la sous-tend et qui est double : un périodique d’informations générales (hebdo, quotidien) qui publie des infos de l’actualité, donc sans liens entre elles; un dictionnaire qui ne se lit évidemment pas page après page mais se consulte au gré des besoins de recherches spécifiques du lecteur.

A ce stade, je précise que, dès son second numéro, HISTORIACTE aura un prolongement « on line » : dans un premier temps limité à  un forum d’internautes qui pourront réagir/échanger à  propos des actes pubbliés dans les pages papiers; dans un second temps, qui viendra rapidement, un sommaire général mis à  jour en permanence permettra un classement et une recherche faciles de tout ce qui se publiera dans HISTORIACTE.

PPK: Quel sera le tirage de ce journal et quel public visez-vous ?

J.C: Dans la phase actuelle, le tirage visé est de l’ordre du millier hebdomadaire. A raison du parti-pris de vulgarisation et du réseau de distribution retenu, le lectorat visé est le tout-public, habitué à  fréquenter les librairires, les points de vente de la presse. Au sein de ce lectorat, je suppose un segment fait d’ « intellectuels » divers et variés, à  raison de la qualité et la neutralité du travail fourni.

PPK : Quelle est la date de la première parution ?
JC: Le numéro un d’HISTORIACTE – hebdo 4 pages – sera disponible contre 70 centimes le samedi 1er octobre 2011 dans les points de vente désignés ci-dessus.

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