Qu’est ce que l’Outre-mer ?l’éclairage d’un texte vieux de 150 ans

Un lecteur nous a envoyé par mail des extraits d’une Histoire des Antilles publié en 1849 par Elias Regnault, écrivain et historien français du 19eme siècle. Avec ce l commentaire : « Ces lignes écrites il y a un siècle et demi, peuvent peut-être éclairer les interrogations que certains d’entre-nous ont encore aujourd’hui sur le sens de l’Outre-mer. Si vous voulez les faire partager à  vos lecteurs et mettre ainsi en perspective des propos écrits par un écrivain français du 19eme et les préoccupations très actuelles qui émergent parfois dans nos îles. » Il s’agit donc d’une Histoire des Antilles publié en 1849 à  Paris par Firmin Didot Frères, Editeurs. L’ouvrage est difficile à  trouver mais sa trace existe sur internet, à  la vente même chez quelques marchands de livres anciens.

Extraits:

« Les Antilles n’ont pas d’histoire qui leur soit propre: leurs annales se trouvent mêlées aux entreprises et aux guerres des Européens. Haïti seule indépendante depuis quarante ans, peut offrir à  dater de cette époque une histoire nationale. Les autres îles vassales de l’antique hémisphère, entendent retentir sur leurs rives de lointaines querelles, changent de maître selon les fortunes de la guerre, et servent dans les traités de paix à  faire la balance des pertes et des victoires. »

« Aussi voit-on flotter sur l’archipel les pavillons de diverses puissances. Chacune a sa proie car chacune a eu ses jours de succès ; et de toutes les îles dont Christophe Colomb a pris possession au nom du roi d’Espagne, neuf seulement appartiennent à  leurs premiers envahisseurs : l’Angleterre en possède dix-huit, la Hollande cinq, la France cinq, le Danemark trois et la Suède une. »

 » Il faut donc pour la plupart des Antilles se contenter de signaler le moment o๠elles passent d’un maître à  l’autre et suivre à  longs intervalles leurs destinées, lorsqu’elles deviennent le théâtre de quelques incidents, au milieu des guerres que leur apportent les querelles du continent européen. »

« Quelques unes cependant, entre autres Saint-Domingue et Cuba ont pu avoir des événements assez importants pour qu’il ne soit pas sans intérêt de leur consacrer une histoire spéciale. Toutes d’ailleurs ont un lien en commun dans l’histoire de la découverte et dans un phénomène social bien étrange à  notre époque, l’esclavage, souvenir opiniâtre, des institutions antiques, transporté dans le nouveau monde et perpétué en dépit des traditions chrétiennes. »

 » Des études de statistiques nous sont aussi réservées, lorsque nous aurons à  examiner les résultats des échanges de productions presque spontanées du tropique avec les produits fabriqués dans nos manufactures ; lorsque nous verrons les richesses de certaines îles croître ou décroître suivant les lois que leur imposeront les métropoles, soit qu’elles demeurent soumises à  la même puissance qu’auparavant, soit que les hasards de la guerre ou la combinaison des traités leur apportent une nationalité nouvelle et une nouvelle législation. »

Elias Regnault a écrit ainsi quelques centaines de pages avec les mots, l’état d’esprit et le style d’un auteur français de son époque. On ne peut pas être d’accord sur tout, pas un mot notamment dans son histoire des Antilles sur l’épisode Delgrès, il ne devait pas être indiqué et peu  » politiquement correct » de mettre en lumière des faits historiques échappant à  la logique coloniale de l’époque. Comment peut-on à  la fois exclure une partie de l’humanité de l’histoire, tout en niant cet histoire. Il y avait bien déjà  une histoire des Antilles, propre à  l’archipel, à  l’époque d’Elias Regnault mais elle lui avait échappé car il ne retenait en fait, que l’histoire des vainqueurs.

Son analyse des « échanges » de productions en revanche sonne juste et dans le fond n’a pas fondamentalement changé à  ce jour. La politique du container n’a pas cessé.

L’histoire quant à  elle continue en 2011 tant du côté de l’antique hémisphère qui bouge beaucoup en ces temps incertains que de celui de ses lointaines  » îles vassales ». A suivre donc.

– Histoires des Antilles et des colonies françaises, espagnoles, anglaises, danoises et suédoises

par Elias Regnault, Suite des Etats-Unis depuis 1812 jusqu’à  nos jours par Elias Regnault et Jules Labaume.

Publié en 1849 chez Firmin Didot Frères Editeurs, 56 rue Jacob. Paris