Energie chère, pétrole profond, des Britanniques creusent à  moins 6000 mètres au large de la Guyane

L’énergie est de plus en plus co ûteuse. Trouver du pétrole sera de plus en plus difficile. Des forages sont tentés actuellement au large de la Guyane, à  de très grandes profondeurs, dans des eaux o๠vivent des tortues, des vivaneaux et des crevettes. Faut-il prendre de tels risques pour l’environnement pour conserver le privilège de rejeter du CO2 dans l’atmosphère ? Plusieurs informations se télescopent en ce début d’année 2011.

Tout d’abord, le co ût de l’énergie augmente grévant le budget des familles les plus modestes. Hausse du gaz, du prix du carburant à  la pompe, envol du prix du baril de brut. Le monde est instable, les prix s’en ressentent. Il est malheureusement à  craindre que les accès de colère des consommateurs de Guadeloupe et d’ailleurs ne suffiront pas à  changer cet ordre des choses.

Ensuite nous apprenons qu’une entreprise britannique spécialisée dans la recherche pétrolière, est sur le point d’entreprendre des forages à  150 kilomètres au large de la Guyane . La société Tullow avec le soutien de Shell et de Total va descendre à  6000 mètres sous le niveau de la mer ( 2000 mètres d’océan et 4000 mètres de sous-sol marin) en espérant trouver une poche riche en or noir. Co ût de l’opération 100 millions d’euros. Ce chantier, d’une durée de deux mois, est le signe qu’il faut aller de plus en plus profond, de plus en plus loin, prendre de plus en plus de risque, dépenser de plus en plus d’argent pour chercher du pétrole. La denrée se fait rare et cela ne fait que commencer.

Confrontés à  ces informations plusieurs attitudes sont possibles.

On peut espérer que la société Tullow trouve du pétrole, beaucoup de pétrole. La Guyane deviendrait ainsi un nouvel eldorado et avec des gisements pas trop loin de chez nous tiens, le prix à  la pompe pourrait baisser pour nous laisser rouler autant qu’on veut, au volant de grosses cylindrées immobilisées dans des embouteillages, pour pas trop cher. Nous aurions le plaisir et le privilège de continuer à  rejeter du CO2 dans l’atmosphère pour une somme modique.

Vivaneaux ou pétrole
On peut aussi s’interroger.

Ce forage ne présente-t-il pas un risque majeur pour l’environnement ? Il est près des côtes, dans une zone riche en biodiversité marine, est-il bien opportun ? Selon la Surfrider Foundation, entre les deltas de l’Orénoque et de l’Amazone vivent 933 espèces de poissons, 29 espèces de mammifères marins, 5 espèces de tortues marines. La baisse éventuelle du prix de l’essence et les exigences du tout automobile valent-elles qu’on déstabilise à  tout jamais, plus qu’elle ne l’est déjà , cette partie du monde. Quelques personnes en Guyane ont posé la question.

 »  Dans quelques jours, une société étrangère viendra explorer dans les eaux guyanaises, en plein milieu de nos ressources halieutiques pour savoir si nous avons du pétrole « , interroge Patricia Triplet, Guyanaise représentante du monde de la pêche.  » Avons-nous eu notre mot à  dire, je pense au spatial, je pense à  l’orpaillage, o๠sont les répercussions locales financières ? Quel impact économique pour la Guyane? Aucun, la société Tullow sera là , au large, durant une soixantaine de jours. Mais 60 jours cela suffit-il pour autant à  nous rassurer, cela suffit-il à  nous garantir qu’il n’y aura aucune catastrophe ? De ce fait, il nous paraît normal de réagir, de demander un maximum de garanties, d’éplucher les études d’impact, de demander un maximum de sécurité. Nous avons été surpris d’apprendre, dans le cas o๠un accident se produirait, que l’étude d’impact révélait la possibilité de voir 100% de notre ressource de crevettes profondes et 28% de notre ressource de vivaneaux rouges affectées.»

L’association Guyane nature environnement s’est interrogée de son côté sur la préparation et la qualité du plan Polmar qui doit intervenir en cas d’accident. Alors faut-il mettre en danger des réserves de vivaneaux et de crevettes, pour espérer trouver du pétrole?

Bref tout cela pour dire qu’en amont de la station service, de la pompe qui remplit les réservoirs de nos automobiles, du prix du litre, il y a des enjeux de taille, plus importants peut-être que nos petits égoïsme au quotidien . Doit-on à  tout prix chercher de nouvelles réserves de pétrole quel qu’en soit le co ût et le risque pour satisfaire les besoins des automobilistes ou bien ne faut-il pas commencer sérieusement à  développer d’autres alternatives.

Les énergies fossiles inévitablement deviennent de plus en plus rares, co ûteuses et polluantes. Au lieu de demander avec empressement aux politiques et aux décideurs de tous ordres du cours terme, c’est à  dire maintenir des prix abordables, ne faut-il pas aussi et plutôt leur demander d’anticiper, c’est leur métier, et d’imaginer comment nous nous déplaceront dans 20 ou 30 ans, et comment se déplaceront nos enfants et petits enfants, sur le territoire de la Guadeloupe bien s ûr, mais aussi ailleurs dans le monde.

Auteur : perspektives

Didier Levreau, créateur en 2010 du site Perspektives, 10 ans d'existence à ce jour