Ouvea 1988 : Alphonse Dianou, pacifiste qui a pris les armes

Le livre de Joseph Andras, « Kanaky » (1) est une entrée possible pour comprendre l’enjeu calédonien et le drame qui s’est noué à Ouvéa en 1988.
Comme il l’avait fait auparavant pour Fernand Yveton, le militant français passé du côté du FLN , guillotiné en 1957 pendant la guerre d’Algérie (2) Joseph Andras est parti sur les traces d’Alphonse Dianou, le militant Kanak à la tête du groupe qui a voulu occuper la gendarmerie d’Ouvéa en 1988 pour influer sur le statut de l’archipel et réclamer l’indépendance.
Ce qui devait être une occupation pacifique a tourné au drame. Les gendarmes ont résisté, quatre d’entre eux ont été tués, Alphonse Dianou et les autres Kanaks se sont trouvés dans une situation sans issue, petit groupe isolé face à la puissance d’ un Etat. Ils n’avaient prévu ni ce drame, ni un plan B, livrés à eux-mêmes, lâchés par les politiques, ils se sont retranchés dans une grotte, à Ouvéa, avec leurs otages gendarmes. Au final, l’armée ne leur a laissé aucune chance, l’assaut a été donné, dix-huit Kanaks ont été tués, dont Alphonse Dianou, dans des conditions encore obscures à ce jour; vivant aprés l’assaut, il est retrouvé mort quelques heures plus tard.
Joseph Andras cherche à comprendre qui était Dianou, le leader du groupe de Kanaks insurgés. Comment cet ancien séminariste, admirateur de Gandhi, décrit comme non violent a-t-il franchi le pas de l’action directe ? L’image du  » dangereux terroriste » distillé à l’époque par les politiques et la plupart des médias ne colle pas avec le portrait que trace de lui Andras.
La violence que lui et ses camarades avaient subit une année plus tôt lors d’une manifestation, l’aurait transformé, passant de Gandhi à Che Guevara, il a échafaudé ce plan qui avec le recul du temps, paraissait sans espoir. Lui en avait-il un ?
Cette attaque contre une gendarmerie pour influer sur le cours politique des choses a été organisée, mais mal préparée, sans prévoir toutes les éventualités, ni les échecs possibles, les imprévus. Toujours avec le recul, cela ressemble à une attaque conduite par des gens à la fois sincères et « amateurs » dans la rébellion armée, réfractaires à ce qu’ils considèrent comme l’ordre colonial, mais s’opposant à cet ordre dans une démarche paraissant improvisée, sans soutien véritable, ni porte de sortie.

En politique le crime paie
Dans ce contexte un Etat « bienveillant » aurait pu/du leur laisser une chance , ce ne fut pas le cas. Les pressions politiques – période électorale – et militaires furent si fortes que le choix de prendre une revanche, de « casser du Kanak » fut le seul retenu, comme le rapporte le capitaine Legorju, officier du GIGN qui tenta d’éviter l’assaut mais fut forcé de se plier aux ordres de sa hiérarchie : » Ce contre quoi j’ai lutté pendant 12 jours, s’est produit » confie-t-il à Joseph Andras.
Une vingtaine de Kanaks mal organisés ne pouvaient pas résister à l’assaut de plus de 70 militaires entraînés et fortement armés. Comme à chaque fois sur le  » Caillou » et comme  » au temps des colonies » c’est la force qui l’a emporté au détriment de la justice et de l’apaisement.
Ces hommes auraient pu être arrêtés, jugés pour leurs actes mais alors, nous aurions assisté et l’opinion publique avec au procès du colonialisme en Nouvelle Calédonie. L’Etat a choisi la fureur des armes puis le silence. Les preneurs d’otages kanaks, tout comme les militaires impliqués dans les morts suspectes ont été amnistiés pour tous les faits qui se sont produits à Ouvéa. Il n’y a rien à voir, circulez ! La justice ferme les yeux quand la raison d’Etat l’exige.
Coincidence ou pas dans le parcours littéraire de Joseph Andras ?
– « De nos frères blessés » Mitterrand était ministre d’Etat et de la Justice en 1957, dans le gouvernement Guy Mollet, lorsque Fernand Yveton a été guillotiné.
– « Kanaky » le même Mitterrand était trente ans plus tard, en 1988, président de la République lors de l’affaire d’Ouvea.
Peut-on conclure ainsi : en politique le crime paie!

NDLR
(1) Kanaky de Joseph Andras, aux éditions Actes Sud, 291 pages, 21 euros.
(2) De nos frères blessés, de Joseph Andras, aux éditions Actes sud. 135 pages, 17 euros

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