Les Açores, autonomie et économie insulaire au milieu de l’Atlantique

Que sait-on des Açores, hormis la référence à cet anticyclone dont l’effet sur le climat en Europe semble déterminant.
On imagine des paysages austères, battus par l’océan et les vents et c’est un peu cela qu’il s’agit, mais pas seulement. Ces neufs îles portugaises étalées sur l’océan à deux heures d’avion de Lisbonne peuplées de 250 000 habitants, à l’écart des grandes voies de communication font de leur spécificité une richesse. Au point que dans un rapport de Bruxelles on pouvait lire en 2013 que les Açores s’étaient mieux protégé de la crise économiques de 2008 que le reste du Portugal: moins de chômage que sur le continent et une meilleure résistance de l’économie.
Les Açores bénéficient d’une position géographique très particulière, insularité, pays volcanique au carrefour de trois plaques tectoniques ( américaine, eurasiatique et africaine) et d’une statut administratif et politique tout aussi particulier.
L’archipel autonome et portugais à la fois, possède son propre exécutif – un président élu – et une assemblée législative locale qui peut légiférer dans une grand nombre de domaines tel le système fiscal, l’agriculture, le patrimoine local, le commerce, l’industrie, le transport et les communications, le travail et la formation professionnelle, la culture, la jeunesse, l’innovation technologique, le sport, la sécurité publique etc …
L’archipel fait également partie de la Macaronésie, un ensemble géographique regroupant les Canaries, Madère, et les îles du Cap Vert, dans un ensemble associé dans un programme de coopération transfrontalière entre les Etats espagnol, portugais et cap-verdien. Une démarche fondée sur le constat à la fois simple et évident que si ces îles sont liées par l’histoire et la politique à des pays différents, ils présentent tant de caractéristiques communes et de similitudes qu’ils sont forcés d’oeuvrer ensemble dans un certain nombre de domaines.

Du thé, aux bananes et passant par le lait des productions variées

La visite aux Açores surprend lorsqu’on découvre tout ce que produit ce petit territoire. La production la plus stratégique est le lait. Sur l’île de Terceira surnommée l’île aux vaches plusieurs dizaines de milliers de bovins paissent dans des prairies qui rappellent celles de l’Ecosse. Sauf qu’à Terciera les vaches ne rentrent jamais à l’étable, elles vivent en permanence dans les prés et les éleveurs ont inventé pour cela la machine à traire portable. Aux Açores, la machine va à la vache et pas l’inverse. 15% environ de la production de lait est consommée dans l’archipel, le reste est exporté, vers le Portugal en majorité puis vers l’Europe. Terceira produit aussi des yaourt, du beurre, des fromages réputés, du vin et du thé. Un vin fruité et un thé doux et parfumé, léger, le seul produit en Europe, implanté au 19em siècle et apprécié des connaisseurs.
L’archipel cultive également des bananes, des ananas, des pommes de terre, des patates douces … bref une agriculture qu’on imaginait pas aussi variée et inventive sur cet archipel atlantique à 1000 kilomètres des côtes.

Des investissements dans la géothermie
Comment se fait-il que l’Etat français se soit désengagé de la géothermie dans l’un de ses départements d’outre-mer, la Guadeloupe, quand presque dans le même temps la Banque européenne d’investissement soutenait des projets de géothermie dans une région ultra périphérique de l’Europe ?
On peut tenter de répondre que l’Etat français n’est peut-être pas seul responsable. Les politiques locaux et la population aux Açores sont convaincus de la nécessité de garder la maîtrise de leur énergie – leurs volcans peuvent les y aider – ils s’investissent, anticipent l’avenir et défendent leurs choix.
Aux Açores l’eau chaude à 230°est à 800 mètres de profondeur seulement, c’est une réserve d’énergie quasi inépuisable. Pour les habitants des Açores, les volcans sont à la fois une menace et une source de vie, ils ont intégré cette dualité.
Electricidade dos Açores SA dans le cadre d’un plan d’investissement allant de 2011 à 2016 a bénéficié d’un soutien de la BEI à hauteur de 50 millions d’euros sur un prêt de 70 millions pour augmenter la part d’électricité produite par la géothermie et réduire ainsi la dépendance. Et voici ce qu’on peut dans un document de la BEI très facilement accessible en ligne :  » Les investissements appuyés par ce prêt répondent aux objectifs de l’Union européenne et aux priorités de la Banque européenne d’investissement pour ce qui est de favoriser le développement régional, en ce sens qu’ils contribuent à la cohésion économique et sociale dans les Açores et à la promotion d’une énergie durable, compétitive et sûre dans un contexte de ralentissement macroéconomique et de pénurie d’autres sources de financement. Il s’agit du 8e programme d’investissement d’Electricidade dos Açores soutenu par la BEI. Il marque la poursuite d’une coopération de longue date qui a commencé avant même l’adhésion du Portugal à l’Union européenne. »
On peut se demander pourquoi il n’a même pas été envisagé en Guadeloupe de bénéficier d’un tel soutien lors de la vente de la centrale géothermique de Bouillante et si les Açoriens aurait cédé aussi facilement une partie de leur patrimoine qui garanti par ailleurs leur indépendance énergétique future.
Aux Açores, autonomie ne signifie pas abandon, désert économique mais plutôt créativité et adaptation au territoire, avec pour résultat une relative prospérité sur ces bouts de terre émergées battus par l’Océan qu’on aurait pu imaginer plus austères.

2 réflexions sur « Les Açores, autonomie et économie insulaire au milieu de l’Atlantique »

  1. Je n’imaginais pas les Açores ainsi …je voyais un caillou aride, c’est en somme un exemple de « mondialisation » réussi, l’Europe les aide et en même temps les laisse gérer eux-même leurs affaires, c’est vers ce genre de gestion qu’il faudrait tendre, une combinaison intelligente entre le local et le global.

  2. ça mal au cœur, quand on voit comment notre géothermie a été bradée à un groupe américano israélien, dans l’indifférence générale, malgré la résistance acharnée d’une poignée de Guadeloupéen. Heureusement il y a le tribunal de l’histoire

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