Le plastique, c’est fantastique !
(ou ça l’était…)

Il suffit d’aller à la Pointe des Châteaux pour s’en convaincre et de jeter un œil aux bas-côtés aux abords du parking, ou de tomber sur une décharge sauvage au milieu de nulle part : le plastique a la peau dure et en purger notre vie et nos paysages ne sera pas chose aisée.

Pourtant des dispositions sont prises progressivement et des matériaux de substitution existent. Avec l’interdiction récente des sacs en plastique à usage unique prévue par loi de transition énergétique et les progrès de la sensibilisation environnementale, les choses commencent à bouger. En Guadeloupe, la problématique est tenace et la mise en œuvre du changement difficile sur un territoire où la dépendance à l’importation est inévitable.

Il est des choix industriels qui engagent, voire qui compromettent à moyen terme. Le plastique est de ceux-là. Longtemps considéré comme un miracle technologique, le plastique encombre désormais, à commencer par nos mers et nos espaces naturels. Nos poubelles en sont remplies, et nos habitudes de consommation individuelles sont bel et bien ancrées.

Le plastique a fait figure de merveille technologique à une certaine époque. Songez en effet à la somme de ses avantages comparé à d’autres matériaux, moins solides, à la longévité plus courte, salissables, non étanches et plus chers. C’était l’époque du « plastique fantastique » et de l’essor des plastics valleys. Flexibles, évolutives, les matières plastiques se sont développées jusqu’à envahir tous les domaines de notre vie. Jusqu’à devenir une véritable « pandémie » selon les termes de l’association britannique « Reuse it », et le symbole de l’inconséquence de nos choix industriels et de nos modes de consommation.

C’est une véritable révolution qu’il va falloir mener : car sortir de l’ère du plastique n’est pas seulement un enjeu environnemental ; de puissants intérêts économiques sont en jeu et il s’agit également de transformation industrielle, de reconversion des professionnels, de recherche et développement, d’investissement et de transformation des modes de consommation des particuliers. Tout un « logiciel » de société à revoir en quelque sorte.

Interdiction progressive des sacs plastiques

Face à cette pandémie, des initiatives sont prises et se diffusent à travers le monde. La France a ainsi récemment interdit les sacs en plastique à usage unique dans les commerces, et d’autres pays avaient pris les devants bien avant elle : en 2002, le Bangladesh a été le premier pays à interdire les sacs en plastique, qui avaient causé de graves inondations en empêchant l’évacuation des eaux ; au sein de l’Union européenne, c’est l’Italie qui a montré l’exemple en prenant une mesure d’interdiction des sacs en plastique dès 2011 ; en Afrique, où les capacités de collecte et de traitement des déchets sont limitées, plusieurs pays ont interdit depuis plusieurs années les sacs en plastique non biodégradables (Mauritanie, Mali, Rwanda) ; et ils sont également interdits à Haïti depuis 2012.

En France, l’interdiction se met en œuvre progressivement depuis le 1er juillet 2016 : les sacs en plastique à usage unique d’une épaisseur inférieure à 50 microns, qu’ils soient gratuits ou payants, sont tous interdits (y compris les sacs biodégradables). Dorénavant, seuls peuvent être distribués : les sacs en plastique réutilisables de plus de 50 microns d’épaisseur, vendus ou non en caisse (plus épais, donc plus aisément recyclables) ; les sacs constitués d’une autre matière que le plastique (papier, carton, tissu, etc.) ; les sacs en matières dites « biosourcées », c’est-à-dire constitués de matière végétale (amidon de maïs, fécule de pomme de terre, etc.). Tous les commerces sont concernés, aussi bien les supermarchés que les marchés en plein air ou les commerces alimentaires de proximité.

Dépendance à l’importation

En Guadeloupe, les sacs en plastique sont importés de Métropole par des grossistes pour être ensuite distribués aux différents commerces, et les quantités importées étaient jusque-là considérables. Avec la nouvelle loi, les importateurs sont contraints de réorganiser leurs activités : les importations de sacs plastique à usage unique ont été réduites considérablement en volume, au profit de l’import de sacs plastique plus épais, en papier ou en matières biosourcées.

Aller plus loin…

La bataille des sacs plastique fait encore rage, que l’on pense déjà aux prochaines cibles : les bouteilles plastique, tristement célèbres pour leur longévité dans nos océans et nos campagnes ; la vaisselle en plastique, dont on abuse et ré-abuse dans nos sociétés du take away et des livraisons à domicile, et qui jonche trop souvent les rebords des routes ou les alentours des plages. Des alternatives existent pourtant, à portée de nos mains de consommateurs : que ce soit se passer du jetable tout simplement !, ou bien favoriser les matériaux biosourcés compostables et plus facilement reyclables.

En France, l’enseigne Biocoop vient par exemple de faire le pari de ne plus commercialiser d’eaux en bouteilles plastique dans tout son réseau au printemps 2017, en proposant en contrepartie des dispositifs de filtrage de l’eau du robinet. Un pari osé mais qui va dans le sens de la réduction des emballages plastique.

En Guadeloupe, la compagnie « Bio Bagasse Concept » propose de la vaisselle jetable biodégradable et compostable, résistante et de qualité, élaborée à partir de matières végétales (pulpe de canne notamment)*. Alors bien sûr, ces produits sont là encore importés (de Chine), car imaginer une production locale serait trop complexe : les déchets valorisables de l’industrie sucrière locale seraient insuffisants et ils sont déjà utilisés pour alimenter les centrales thermiques (pendant la saison de la canne, car le reste du temps elles sont alimentées par des importation de charbon !).

En termes de cycle de vie, on peut certes déplorer qu’en Guadeloupe tout passe forcément par l’importation : les sacs et emballages, qu’ils soient plastiques ou issus de matériaux biosourcés, sont acheminés par containers à travers les océans. Mais les procédés industriels impliqués sont trop complexes (donc coûteux) pour envisager une production locale et les débouchés locaux ne seraient pas assez importants. Alors, quitte à importer, autant favoriser les matériaux biosourcés, non ?

À terme, le changement est possible, mais il nécessitera du temps et l’engagement de tous pour des gestes plus responsables, que ce soit au moment de l’acte de consommation (le choix de produits respectueux de notre environnement) ou au moment de l’acte d’élimination (ne pas jeter dans la nature, recycler là où c’est possible).

Imaginez. Parcourir des étendues qui ne seraient plus jonchées de déchets plastiques…

Voir leur site : http://www.biobagasseconcept.com/fr/19-l-entreprise et leurs produits chez Natur’île à Saint-François.

5 réflexions sur « Le plastique, c’est fantastique !
(ou ça l’était…) »

  1. On progresse un peu, mais la prise de conscience est lente. En ces lendemains de pique-nique de pâques justement, ne faudrait-il pas songer à faire des campagnes pour que le public cesse d’utiliser ces  » timbales en plastiques » ces assiettes jetables qui polluent tant. Je vois quelques personnes qui utilisent des calebasses quand elle vont manger dehors, il faut développer ça. Faire des campagnes de pub, les collectivités devraient y songer, l’enseigner aux enfants dans les écoles. Oui, cela se fait mais l’incivisme est encore trop grand … Pourtant les Guadeloupéens qui aiment leur terre ne peuvent pas rester insensibles à ça.

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