Vente de la centrale géothermique de Bouillante la solution américaine n’est pas la seule

La centrale de Bouillante qui produit 6% de l’énergie consommée en Guadeloupe est depuis longtemps déficitaire, un meilleur pilotage et des investissements y sont nécessaires. Edf et l’Etat français s’en désengagent. La vente à  Ormat une multinationale américaine est annoncée, mais depuis quelques jours une autre possibilité  » franco-guadeloupéenne » a fait son apparition. Explications.

 Dans un rapport d’avril 2015, la Cour des comptes fait ce constat paradoxal : la géothermie est une source d’énergie primordiale pour la Guadeloupe à  l’horizon 2030 mais l’unité de Bouillante est à  ce jour déficitaire et le BRGM (1) n’a pas la capacité industrielle ni la volonté d’ investir et d’améliorer la gestion du site.

Le rapport indique que depuis 2008 le partenaire historique du site, EDF, se désengage et a abandonné le projet de développement avec l’île voisine de la Dominique. Le rapport devient accusateur lorsqu’il souligne que  » la gestion chaotique de la centrale a pénalisé le développement d’autres projets de géothermie profonde. »

Pour résumer : la géothermie, propre, renouvelable est fondamentale pour l’avenir énergétique de la Guadeloupe mais sa mise en oeuvre a été chaotique (conflits sociaux, manque d’investissements,…) et mal gérée. Alors que cette technique de production d’énergie se développe rapidement ailleurs dans le monde est-ce que la Guadeloupe … et la France ne sont pas passées à  côté d’une vraie opportunité ?

Le BRGM ne pouvant pas recapitaliser indéfiniment une entreprise déficitaire la vente, comme le préconise le rapport de la cour des comptes a été organisée. C’est ainsi qu’Ormat, leader nord-américain du secteur, est – discrétement – annoncé comme repreneur au prix de 52 millions d’euros, avec pour objectif le triplement de la production d’électricité dans les 10 ans.

Cette décision apparait en contradiction avec une motion du conseil régional d’octobre 2015 qui affirme son soutien  » au développement de la géothermie en Guadeloupe et demande à  l’Etat de s’engager fortement … » Cette motion quelque peu irréaliste d’ailleurs fixe comme objectif la production de 50% de l’électricité locale grâce à  la géothermie d’ici 2020 ! Cet objectif inatteignable si rapidement n’a de signification que si on le met en parallèle avec l’étonnant silence des hommes et femmes politiques guadeloupéens depuis que la vente à  Ormat a été annoncée. Sont-ils  » sidérés » (2) ?

Un sursaut de la population et des politiques pour infléchir des choix engagés

Au mois de février dernier un collectif visant à  maintenir la centrale de Bouillante dans le giron national et d’empêcher la vente à  Ormat, s’est constitué. Au moins deux tendances cohabitent dans ce collectif : ceux qui veulent absolument maintenir le site dans le cadre public et ceux qui envisagent un partenariat public/privé voire même une implication des Guadeloupéens et une forme d’actionnariat populaire.

C’est dans ce contexte qu’au début du mois d’avril deux informations nouvelles et un peu inattendues, ont fait leurs apparitions : d’une part en 2012, l’Etat aurait demandé à  la région de faire des propositions pour la centrale de Bouillante dont il voulait – déjà  – se désengager. Le conseil régional de l’époque n’a pas donné de suite à  cette proposition. L’Etat n’était pas opposé et semblait même chercher une solution guadeloupéenne et demandait aux élus locaux de prendre leurs responsabilités. L’un des négociateurs indique que si un montage crédible avait émergé à  ce moment là , la vente à  Ormat n’aurait pas été envisagée.

Est-ce que tout est perdu pour autant ? Depuis quelque jours, une entreprise franco-guadeloupéenne – le groupe AAMEN – crée par Gérald Bougrer, serait en contact avec des membres du gouvernement pour proposer une reprise éventuelle dans le cadre d’une société d’économie mixte. Le collectif a eu l’information la semaine dernière, l’un de ses porte-paroles Alain Plaisir l’a rendu publique sur la chaîne Guadeloupe 1er, mais le temps est compté. Saisir cette seconde chance impose d’aller vite et rien ne pourra se faire si la populaion de l’archipel et les élus locaux ne s’engagent pas.

Le groupe AAMEN ( Action et application en management énergétique) existe depuis 1993, son fondateur est guadeloupéen, il développe depuis 20 ans son expertise en matière de développement durable et de maîtrise de l’énergie. Sa proposition semble crédible.

Ce dossier qui concerne l’indépendance énergétique de la Guadeloupe pour les décennies futures va largement au-delà  des clivages politiques, des familles et des clans et devrait mobiliser toutes les énergies. Mais ce n’est pas gagné.

Le collectif a organisé plusieurs réunions, distribué des tracts, un meeting aura lieu le 15 avril à  19h à  Bouillante, mais il faudra un réel sursaut, une prise de conscience par la société civile de l’importance de l’enjeu pour infléchir des choix déjà  engagés.

NDLR

(1) BRGM: Bureau de recherches géologiques et minières, un organisme public, actuellement détenteur du site

(2) Sidéré : frappé de stupeur !