Le prix littéraire des marins-pêcheurs une aventure singulière au Nord-Grande-Terre

Les 12, 13 et 14 juin prochains en Guadeloupe, entre Port-Louis, Anse-Bertrand et Vieux-Bourg se déroulera le premier prix des marins-pêcheurs du Nord-Grande-Terre. Cinq pêcheurs membres d’un jury littéraire, ce n’est pas si courant. Si le coeur vous en dit rendez-vous le vendredi soir à  Port-Louis ou le samedi à  Vieux-Bourg, il y aura aussi de la musique et des balaous. ( voir le programme ci-dessous)

 Pourquoi un prix littéraire des marins-pêcheurs? « Parce que créer c’est résister et résister c’est créer » répond Daniel Matias, initiateur du projet et président de l’association  » Paroles d’une Grande-terre ».

Ce prix singulier qui fait des pêcheurs du Nord Grande Terre les membres d’un jury et les acteurs d’une aventure littéraire veut décloisonner et ouvrir des horizons. Ce prix n’est pas parisien, il est portlousien et fait une place « aux ponts » o๠les imaginaires peuvent se croiser.

Le prix sera remis le 12 juin à  18h à  la médiathéque de Port-Louis à  Karl Dazin pour son polar  » Sale eau à  Montreuil », une sombre affaire de distribution d’eau et de meurtre en banlieue parisienne sur fond de magouille financière et politique.

Le parrain de la première édition de ce prix est Max Jeanne, petit-fils de pêcheurs, poète et écrivain, autant dire un parrain comblé, nous lui laissons les mots pour le dire.

Le grain de sel du parrain
Max Jeanne : « Petit-fils d’un pêcheur, neveu d’un gardien de phare passionné de lecture, c’est dire combien je suis un parrain comblé. Pour évoquer ma relation particulière à  la mer, je clamerais volontiers au son du lambi que c’est avec une de ses lames qu’on a coupé mon cordon ombilical. De fait, elle reste omniprésente dans mon oeuvre ; non pas comme carte postale pour touristes en mal d’exotisme mais plutôt tel le témoin privilégié de l’époque des Caraïbes, comme aussi du temps de l’esclavage et de la traite négrière, avec ses marées, courant de haut comme courant de bas, rythmant , aujourd’hui encore, nos saisons d’hommes. Autrement dit : la mer-mémoire, la mer miroir, la mer-mouroir mais aussi la mer des luttes et des rêves des marins dont l’expérience vécue constitue une source inépuisable d’inspiration pour les écrivains, ces pêcheurs de mots. Dans mon tout premier recueil de poésie, j’écrivais déjà :

Devant moi la mer

comme un livre ouvert

que le vent feuillette

avec à  chaque page

une date de mon Histoire

(in Western- 1978)

A tous les pêcheurs, à  tous les amoureux du Grand bleu, je souhaite donc, à  l’occasion de ce Prix littéraire, une vivifiante lecture du livre ouvert de la mer. Et leur propose, en manière d’invitation, ce passage d’une de mes nouvelles :

La main dans la nasse
« Non ! Jéro n’était pas un de ces rigolos qui prenaient notre Papillon pour une île de co-cagne. Mais un homme réglo-réglo qui savait que la vie ne faisait pas de cadeau. Et que ce n’était pas lui qui danserait jamais, avec cette guiablesse-là , la biguine des cordonniers et des coiffeurs, à  savoir :  » Une mi-temps au boulot une mi-temps au goulot »

Son boulot à  lui, c’était la mer. A plein temps. A plein vent. Clous. Pinces. Marteau. Au fil des heures, il nattait ses nasses, à  l’ombre des catalpas. Et, même si c’était pas fête tous les jours, chaque midi mettait quand même son court-bouillon dans l’assiette de ses enfants. Mais, depuis peu, quelque chose lui prenait la tête. En effet, à  plusieurs reprises, un sans-manman de nègre avait levé avant lui, ses casiers tout neufs. Il avait alors délaissé Ti-Havre, son coin de pêche favori, pour la Pointe des Châteaux, au large de Saint François. Macache ! Le petit jeu avait continué de plus belle.

Un jour, excédé de ne remonter que des nasses vides et donc plus lourdes pour ses poignets découragés, il avait regagné le rivage, aigri comme un congre engueulé par un hameçon. Et, zyeux dans zyeux, il avait décrété à  l’assistance qu’il serait sans pitié pour le coupable.

Cra…cra…cra… seuls des éclats de rire avaient ponctué son blablabla.  » Chien qui aboie ne mord pas », l’avait même raillé un fanfaron… »

Extrait de « Un taxi pour Miss Butterfly »

( Ed. L’Harmattan-2003)

Le programme et les manifestations autour du prix

samedi 12 juin

18h : à  la médiathéque de Port-Louis, remise du prix à  Karl Dazin.

slam de Magaly Gustave. Projection de  » Barons’s drive », un documentaire sur la pêche à  Ste-Lucie.

21h : au port de pêche de Port-Louis, lectures, repas, musiques, il y aura des balaous grillés, une buvette, des lectures de textes en français et en créole.

vendredi 13 juin

A Vieux-Bourg-Morne à  l’eau, sur le port de pêche

9h- 11h: lecture en mer, jeux littéraires.

14h: projection de « Barons’s drive ».

16h -18h : débat sur la pêche, avenir de la profession, témoignages.

17h19h30 : lectures en mer ( Georges Cocks, Miss Baylawa … »

18h-19h30 : rencontres littéraires, les écrivains face à  la mer.

20h : concert, chants marins avec la chorale du levant de Saint-François et slam avec Thierry Mapoula.

Dimanche 14 juin

médiathéque de Port-Louis

9h30 – 12h atelier d’écriture et atelier de slam