La Terre et l’Uruguay ont du talent

Nous vivons une époque merveilleuse: un hebdomadaire économique très british  » The Economist » libéral et plutôt conservateur, choisit comme pays de l’année 2013, l’Uruguay, dont le président, José Mujica ex guerillero tupamaros dans les années 1970; a été emprisonné une douzaine d’année dans les cellules de la dictature uruguyenne.

 « The Economist » est un hebdomadaire économique de référence internationale fondé en 1843. Très libéral il a défendu en son temps la politique de Margaret Thatcher et celle de Reagan aux Etats-Unis, tout en adoptant parfois des positions contradictoires: favorable à  l’intervention des USA aux Viet-nam, il défendait par ailleurs le principe de la décolonisation dans les années 1950 et 1960.

L’hedomadaire est contre la peine de mort, pour le mariage homosexuel et s’est opposé au traité constitutionnel européen au nom du libéralisme. Il est tiré à  plus d’un million d’exemplaires. Plus de 50% de ses lecteurs sont Nord-Américains, 20 % d’Europe continentale, 30 000 exemplaires sont vendus en France.

Un journal qui par son origine, ses centres d’intérêt et la diversité de ses lecteurs balaie largement le spectre de l’actualité internationale, avec ses drames et ses rares moment de bonheur.

Mujica, lui, « président du peuple »

José Mujica est un président atypique qui cite Sénéque (  » Le pauvre ce n’est pas celui qui a peu, mais celui qui veut tout » ) qui roule en Wolkswagen et dit passer le balai dans sa ferme, tout comme d’ailleurs le fait son épouse, élue au sénat uruguyen.

D’origine basque par son père et italienne par sa mère, il est né en 1935 et est passé par les mouvements anarchistes avant de devenir l’un des dirigeants des Tupamaros. Cette organisation menait la guerilla urbaine contre la dictature dans les années 1970 avec des méthodes radicales: attaques à  main armée, enlèvements etc. Arrêté, Mujica a été torturé et emprisonné de 1973 à  1983, puis gracié en 1984 lorsque le processus démocratique a été relancé.

L’année suivante en 1985, il a fondé le Mouvement de participation populaire ( MPP) qui a fini par le conduire à  la tête du pays dans le cadre d’une alliance élargie allant des sociaux-démocrates aux communistes en passant par quelques anciens Tupamaros.

Il dirige l’Uruguay avec un mélange de pragmatisme et de bons sens populaire. Il laisse son vice-président, un libéral affirmé conduire la politique économique et demeure lui, atypique et peu protocolaire.

L’histoire politique de l’Uruguay au XXem siècle a été marquée par une dictature militaire, dont l’échec économique, social et politique a conduit à  la  » transition démocratique » des années 1980.

Soumis, puis libéré d’une dictature militaire, l’Uruguay est, au-delà  des aléas de l’histoire, toujours resté empreint d’aspirations humanistes et libérales. La peine de mort y a été abolie en 1907, le droit de vote des femmes voté en 1922.

José Mujica ménage ses alliés libéraux tout en demeurant l’ennemi de la société de consommation qu’il accuse de tout transformer en marchandises et tout être humain en consommateur.

Que deviendra son pragmatisme ? Sa popularité est réelle dans le pays, mais elle s’est effritée en 2013 avec ce qu’on appelle  » la montée de l’insécurité ». Montévidéo (1 700 000 habitants) est réputée être la capitale la plus s ûre d’Amérique latine. Cela va-t-il durer ?

« L’expérience » du contrôle d’Etat sur la production, la vente, la distribution, la prévention et la consommation de cannabis sera observée de près par ses voisins du sous-continent et par le reste du monde.

Un alizé politique
Quand The Economist, journal très british, choisi comme pays de l’année l’Uruguay, dont le président est José Mujica, ancien Tupamaros, et explique pourquoi, c’est comme un alizé rafraïchissant qui souffle sur les esprits.

Oui, ce monde vaut la peine !

( lire ci-dessous les extraits de The Economist)

« The Economist »,
traduits de l’anglais, des extraits de l’article de l’hebdomadaire expliquant le choix de l’Uruguay, comme pays de l’année 2013

so british !

LA TERRE A DU TALENT

 » La vie sur Terre n’est pas que mauvaise, même si elle donne cette impression. Une bonne nouvelle n’est pas une nouvelle : les gros titres de la presse nous parlent surtout des échecs, de la folie du monde et de ses tares.

Ainsi comme chaque année, 2013 a témoigné des succés et des calamités de notre monde. Quand le moment arrive de faire le bilan de l’année, les réussites comme les échecs tendent à  être jugés comme l’oeuvre de saints ou d’égocentriques solitaires à  la tête du pouvoir, alors qu’ils sont simplement caractéristiques du commun de l’expérience humaine.

Pour rééquilibrer la balance entre l’individuel et le collectif « The Economist » a décidé, pour la première fois, de désigner le pays de l’année plutôt que l’homme de l’année. »

« Mais comment le choisir ? Les lecteurs pourraient penser que notre vision matérialiste du monde ne tiendrait compte que des performances économiques, ils se sont trompés. Si nous avions choisi la croissance des pays, le Sud-Soudan serait en tête. Ce pays aura accompli en 2013 un épatant 30% de croissance, conséquence d’une chute de 50% l’année précédente, liés à  la rupture avec le Soudan et la fermeture d’un puits pétrolier. Cette croissance n’est pas suffisante pour nous rendre optimiste sur l’avenir de cette terre troublée.

Ou bien nous aurions pu choisir une nation qui a enduré une épreuve économique sévère et qui est toujours là  pour en témoigner.

L’Irlande passe à  travers les épreuves et les coupes budgétaires avec force et calme; L’Estonie a le plus bas niveau de dette de tous les pays européens.

Mais nous ne sommes pas d’accord avec cette méthode qui confirmerait la pire caricature de nous-mêmes en « coeur de pierre » qui ne compte que les chiffres; nous pensons que les succés d’un pays ne se mesurent pas seulement par sa balance de paiements. »

« Une autre question est de savoir si on évalue les gouvernements ou les peuples. Dans certains cas, leurs mérites sont inversement proportionnels: considérons l’Ukraine, avec son violent président, Viktor Yanukovych et ses courageux citoyens battant le pavé dans le froid à  Kiev pour la démocratie (…)

Ou bien voyons la Turquie o๠des dizaines de milliers de personnes protestent contre l’autocratie grandissante et l’Islamisme du premier ministre Erdogan.

Hélas, aucun de ces mouvements populaires n’a pour l’instant réussi. »

« La problématique se dévoile peu à  peu. Un candidat possible aurait pu être le Somaliland qui tient au large la piraterie et les islamistes intégristes, mais ce n’est pas un vrai pays, juste une province rebelle de la Somalie.

Parmi les pays possibles, nous pouvions en célébrer un menacé de désintégration: le Royaume-Uni pour lequel, à  tout bien considérer, les choses ne se passent pas si mal depuis sa constitution en 1707, mais ce royaume risque la fracture en 2014 si les Ecossais sont assez fous pour voter la sécession (…) »

Et le gagnant est …

« Si nous avions opté pour le rapport entre l’influence et la taille du peuple nous aurions penché pour les îles Senkaku ( ou Diaoyu), rochers stériles à  l’Est de la mer de Chine régulièrement sous la menace de provoquer la troisième guerre mondiale tant ce territoire, convoité à  la fois par la Chine et le Japon, est attaché à  son indépendance.

D’une autre manière, nous pouvions suggérer un pays qui ne fait l’objet d’aucun trouble ni désordre. Le Kiribati, dans ce cas, semble avoir eu une année heureuse. »

« Mais nous pensons que les réalisations qui méritent le plus l’éloge sont les réformes qui n’améliorent pas le sort d’une seule nation, mais qui bénéficient à  l’ensemble de la planéte. Le mariage gay est un de ces passages de frontière qui améliore la somme globale du bonheur humain sans co ût financier.

Plusieurs pays ont franchi ce passage en 2013, dont l’Uruguay, qui est aussi le seul à  avoir voté une loi qui légalise, régule la production, la vente et la consommation de cannabis. C’est un changement visiblement sensible, qui élimine les trafiquants et permets aux autorités de se concentrer sur les crimes lourds, qu’aucun pays n’a encore fait.

Si d’autres suivent si d’autres narcotiques sont inclus, les dégats provoqués par la drogue dans le monde pourraient être considérablement réduits.

Le président de l’Uruguay, José Mujica use de discrétion, avec une franchise inhabituelle pour un homme politique, il évoque cette loi comme une  » expérience ».

Cet homme vit dans une modeste ferme, il conduit lui-même sa Volkswagen coccinelle pour aller travailler et voyage en classe économique.

Modeste et courageux, libéral et aimant la fête, l’Uruguay est notre pays de l’année.

Felicitaciones ! »

Fin de la traduction

Auteur : perspektives

Didier Levreau, créateur en 2010 du site Perspektives, 10 ans d'existence à ce jour