« Lincoln » et « Django unchained » ou l’esclavagedans l’imaginaire de cinéastes blancs

Lors de la sortie des films de Spielberg et Tarentino aux USA en décembre dernier, Tanya Steele a rédigé cet article dont nous publions un extrait en traduction française (1). Ces films ont été programmés fin janvier en Guadeloupe. Son regard altère le regard que l’on peut avoir sur ces productions américaines. Pour l’intégralité du texte en anglais: Shadow and act or digtanya.com

J’ai pris le temps de voir  » Lincoln » et Django unchained » à  la suite. Dans cet ordre. J’avais besoin de me faire une idée sur la perception de l’esclavage dans l’imagination des hommes blancs.

En tant que cinéaste noir, lorsque je fais un film, je suis contrainte par des réflexions sur la  » responsabilité » ;  » qui pourra voir mon film »;  » quel en sera les effets sur le discours de l’Amérique »; « quelle image je vais projeter aux jeunes et sur le monde. »

J’ai souvent constaté, même dans les films d’école que les cinéastes blancs n’ont pas cette charge. Ils sont libres d’écrire, d’être, de créer, sans penser à  ce genre de choses, ils ne portent pas le fardeau de la race. Ils peuvent privilégier l’Art, la cinématographie. Leurs films n’ont pas de compte à  rendre. (…)

Lincoln : un moment de l’histoire imparfait
J’ai vécu des émotions partagées en regardant  » Lincoln ». Pourquoi le film est-il axé sur ce moment de l’esclavage ? Pourquoi met-il l’accent sur Lincoln et cette période de l’histoire ? Pourquoi n’a-t-il pas montré que ces hommes blancs ne se battaient pas seulement pour la question de l’esclavage ? (…)

Il y a quelque chose d’honnête dans ce film sur la fragilité de l’humanité. Comment les gens deviennent impotents intellectuellement et affectivement infirmes lorsqu’ils sont confrontés au mal à  l’état pur comme le fut l’esclavage. (…)

J’imagine que si j’étais blanche, si j’avais des amis noirs et si j’étais une artiste j’aurais, moi Américaine, médité aussi sur l’esclavage. Je pense que Spielberg et Tarantino l’ont fait et le font encore. Toutefois comme Tarentino, l’imagination de Spielberf s’arrête à  un certain point. (…)

Django: une mythologie pour détourner l’Amérique de la folie de son passé

(…) L’expérience des Noirs, n’appartient pas au peuple noir. Nous aurions aimé que cela fut autrement, mais cela n’est pas (…)

Samuel Jackson et Leornardo DiCaprio sont bouleversants dans Django. Il y a des moments dans le film qui peuvent sembler nouveaux à  ceux qui n’ont pas étudié la période de l’esclavage. On voit des scénes qui n’ont jamais été montré auparavant sur un grand écran. Il y a des scénes captivantes, présentées sur le ton de l’ironie, s’en tenir à  la brutalité de l’esclavage n’aurait pas fait un bon film. Je comprend la nécessité de détourner l’attention du public, de créer une nouvelle mythologie pour nous écarter de la folie qui réside dans le passé de notre pays.

Mais si c’était aussi facile d’échapper à  l’esclavage, comme Django le fait, nous ne serions pas aujourd’hui à  ce point encore ancré dans cette histoire. Nous n’aurions pas cette extrème violence  » black on black » à  Chicago; nous n’aurions pas un taux de chômage extrême chez les hommes noirs; nous n’aurions pas l’extrême taux d’abandon scolaire, ni le taux élevé d’analphabétisme, ni de violence domestique. Si c’était si facile de s’en sortir, nous l’aurions fait. (…)

Auteur : perspektives

Didier Levreau, créateur en 2010 du site Perspektives, 10 ans d'existence à ce jour