Une revue en ligne pourquoi faire agiter des idées, entretenir le débat

Après six mois de fonctionnement, on peut s’interroger : une revue en ligne pourquoi faire ? Une de plus, dans quel but, quel objectif, un coup d’épée dans l’eau. La nécessité de créer le débat, d’entendre la société civile silencieuse est nécessaire. Les décisions ficelées dans les cabinets protégés du pouvoir, entre initiés, peuvent-elles satisfaire ? Entre la gestion des affaires courantes sans imagination, l’imprécation permanente et la menace de blocage de l’économie, il reste un espace étroit. Celui du débat, des idées, des arguments. Parle-t-on trop à  la télévision, la radio, dans les médias, d’architecture, de culture, de littérature, de lecture publique, d’aménagement du territoire, de politique urbaine, de transport urbain, de poésie, de logement, de consommation, de pollution, de solutions alternatives ?

Ces thèmes nourissent pourtant notre environnement et notre vie quotidienne autant que les faits divers, les affaires judiciaires, la vie des « people » ou des « grands » de ce monde, leurs petites querelles entre « amis » ou les courses hippiques. N’est ce donc pas une bonne raison pour tenter de faire vivre une revue en ligne qui ne suit pas ce qu’on appelle « l’actualité » mais emprunte ses propres voies de traverses.

Depuis le mois de mai 2010, le site de Perspektives, revue de débats et d’idées en Guadeloupe et ailleurs … est accessible sur internet. Ni revue d’actualité, ni revue dite savante qui serait réservée à  une poignée d’initiés, ce site en ligne aborde des sujets très divers qui nous interrogent sur nous-mêmes, nos modes de vie, notre connaissance du monde.

Depuis six mois il a été question sur le site, aussi bien de l’introduction de maïs hybrides à  Haïti, que de lecture publique en Guadeloupe; du racisme et de son origine; du changement de statut des îles hollandaises de la Caraïbe; des chiffres alarmants de l’illettrisme en Guadeloupe; du phénomène El Diablo; mais aussi du retour à  Beauport au mois d’octobre 2010 de Jacques Martial jouant huit ans après sa création, le Cahier du retour au pays natal de Aimé Césaire.

Il a été question aussi de la relation entre savoirs ancestraux et savoirs d’experts. Les premiers ont été longtemps méprisés au profit d’une expertise qui dans plusieurs domaines montre au XXIe siècle ses limites. De grands fléaux de l’humanité comme la guerre, la faim dans le monde, les épidémies, la misère n’ont pas été éradiqués malgré les moyens considérables dont nous disposons.

Consommation, zapping permanent, le tout jetable ne suffit plus

La revue en ligne est faite par un petit groupe de personnes vivant en Guadeloupe et citoyens du monde. La caractéristique du site est de ne pas aborder les thèmes d’un point de vue strictement idéologique. Une conviction en revanche est sousjacente : l’idée qu’un monde strictement fondé sur la satisfaction des besoins matériels – consommation, surconsommation, société du tout jetable, de l’éternel zapping – n’est pas suffisant. De ce point de vue, la croissance sans fin prônée par l’économie libérale tout comme le productivisme de ce que furent les économies marxistes se rejoignent. Voir ce qu’est en train de devenir la Chine.

Alors que faire

Ben oui, créer un site internet c’est un peu comme faire des ronds dans l’eau, diront certains, un de plus. Les gouvernants gouvernent, les peuples regardent et vogue la planéte. Devant la faiblesse des médias de grande audience à  aborder les sujets que nous avons évoqués, on peut se satisfaire ou tenter de faire.

Un site comme Perspektives ne peut continuer à  fonctionner qu’avec des lecteurs, des contributions, des commentaires, une dynamique. Après six mois de fonctionnement, la revue en ligne compte un peu plus de 1000 lecteurs réguliers chaque mois. On doit pouvoir mieux faire. Ce n’est pas l’audience de wikileaks, mais bon ce n’est pas le même but ni le même investissement. Le site existe sur la base du travail de quelques bénévoles et avec un petit coup de pouce financier du Conseil général de la Guadeloupe pour la période 2010/2011. Son support juridique est une association loi 1901.

Un mince espace à  occuper

L’un des principes de Perspektives est d’être ouvert aux critiques, aux contributions et à  toutes les idées qui pourraient susciter un débat constructif. Nous sommes dans une période de mutation, pleine de doutes, d’inquiétudes, d’espoir. Peut-on imaginer que ce débat n’est pas nécessaire à  la marge des postures strictement politiques ou revendicatives ? Entre le statut quo, gestion des affaires courantes sans imagination et l’imprécation permanente n’existe-t-il pas un mince espace à  occuper ?

Par exemple. A l’échelle mondiale la solution à  nos problèmes passe-t-elle par une croissance qui nourrit le système financier mais affaiblit ceux qui sont déjà  faibles ?

Un port en eau profonde est-il indispensable à  la Guadeloupe ?

En Guadeloupe, petite île, petit pays quelle croissance ? Quel développement ?

Faut-il un port en eau profonde pour augmenter encore la circulation des containers ? Il y a vingt ans peut-être mais n’est-ce pas passé de mode en 2011 quand le co ût de l’énergie, du transport est de plus en plus élevé et que d’autres logiques, moins financières, moins industrielles mais plus proches de l’humain, émergent.

Faire venir des produits alimentaires de l’autre bout du monde n’est plus la solution unique, alors qu’on peut organiser une production sur place.

Un développement plus durable, qui préserve les rivages, met en valeur les terres, développe la production et la consommation de produits locaux, crée des emplois et de la valeur ajoutée sur place n’est-il pas préférable ? Produire local, consommer local, les écolos ne sont plus seuls à  le dire.

Il est nécessaire d’en débattre en tout cas et pas seulement dans les espaces de décisions et de pouvoirs qui savent quand il le faut communiquer et « informer » les populations, sans être très clairs sur la manière dont les décisions ont été prises et quels intérêts ont été privilégiés. Ce n’est pas une poignée d’élus qui est concernée c’est toute la population. Des idées peuvent et doivent s’exprimer, car au fond ce dont on a besoin c’est d’imagination et de créativité pour s’évader de propos dominants réducteurs.

– Cet article est publié par ailleurs dans le numéro de janvier 2011 du Mika, mensuel dont nous aurons l’occasion de reparler.

Contacts
– Perspektives, revue de débat et d’idées en Guadeloupe et ailleurs

– Pour accéder au site de la revue : www.perspektives.org

– Pour contacter l’association : adig97@live.fr