La leçon corse vue de Guadeloupe

La Guadeloupe et la Corse mis à part leur insularité ont des points communs et des différences. Nous publions un texte de Alain Plaisir, président du Cippa ( comité d’initiative pour un projet politique alternatif), autonomiste guadeloupéen qui n’est pas insensible à ce qui se passe dans cette lointaine île à la fois corse, méditerranéenne et française.
Mais auparavant, tour d’horizon rapide et non exhaustif de ce qui éloigne et rapproche les deux pays.
– En commun l’appartenance à la république française volontiers centralisatrice et jacobine; en commun deux identités fortes sensiblement différentes de celle de la France hexagonale; en commun deux langues le corse et le créole qui résistent et veulent exister face à la langue officielle; en commun des économies fragiles de plus en plus dépendantes des transferts, des importations; en commun des modes consommation et de distribution calqués sur les modèles continentaux. La Corse qui semblait avoir mieux résisté que la Guadeloupe cède aussi à la grande distribution. la Corse agropastorale existe mais est à la peine.
– Différentes sont les histoires, la Guadeloupe est française depuis près de quatre siècles (1635) la Corse depuis deux siècles et demi (1768); La Corse est plus homogène dans sa population, elle n’a pas connu la société esclavagiste et le clivage de la couleur qui marquent la Guadeloupe comme toutes les îles et les archipels de la Caraïbe; la Corse est à une heure d’avion de Marseille, la Guadeloupe à huit d’heures d’avion de Paris; la Corse est passée par des phases de violence politique et sociale très différentes de celle de la Guadeloupe, il n’y a pas eu de mai 67 en Corse mais un préfet français y a été assassiné. Il n’y a jamais eu en Corse l’équivalent du mouvement de 2009 contre la  » pwofitasion ».
Les Corses, autonomistes et indépendantistes, ont su changer de stratégie et s’unir pour faire évoluer le statut de leur île et prendre plus de responsabilité; la Guadeloupe et la majorité de sa population semblent tétanisées par la « théorie du largage » amplement instrumentalisée par certains politiques locaux au début des années 2000.
Comparer n’est pas raisonner mais dans un monde qui change, qui s’est  » mondialisé » les autonomies bien conduites sont peut-être l’avenir, celles qui sauront concilier le global et le local. ( lire ci-dessous le texte d’Alain Plaisir)
D.L

Alain Plaisir :  » L’aberrant système d’un département et d’une région sur un même territoire »

« Les CORSES ont voté les 3 et 10 décembre 2017 pour une collectivité unique. Comme il fallait s’y attendre, très peu de gens en parle en Guadeloupe. Ni les conservateurs guadeloupéens, ni, plus curieusement certains nationalistes guadeloupéens. Il est vrai que la stratégie mise en place par la liste vainqueur et les résultats de ces élections en gênent plus d’un. Pourtant, c’est bien un coup de tonnerre dans la politique française qui vient de frapper les esprits en France et en particulier en Corse.
En effet une coalition composée des indépendantistes et des autonomistes vient de gagner les élections pour désigner les 63 représentants de la nouvelle collectivité territoriale unique, fusionnant les trois entités préexistantes : le conseil régional et les deux départements de Haute Corse et de Corse du Sud. Avec plus de 56% des voix, la coalition disposera d’une large majorité dans la nouvelle assemblée qui s’installera à partir de janvier 2018. Il y a plusieurs leçons à tirer de ce scrutin.
La première, les Corses n’ont pas hésité à militer pour la fusion en une entité unique des deux départements et du Conseil Régional et voter pour des candidats autonomistes ou indépendantistes. Ils ont fait bien mieux que la Guyane et la Martinique qui, elles, ont fusionné en une collectivité unique la collectivité régionale et départementale. Quant à la Guadeloupe, elle continue, à se distinguer avec l’aberrant système d’un département et d’une région sur le même territoire.
La deuxième leçon, c’est la volonté des nationalistes de jouer à fond la carte démocratique en participant aux élections, sans rien renier de leurs convictions
L a troisième, c’est l’attitude réaliste de ces nationalistes qui , tenant compte de l’état de l’opinion et de la nécessaire remise à niveau de l’ économie de la Corse ont affirmé nettement que l’indépendance n’était pas à l’ordre du jour et qu’ils revendiquaient dans les trois ans un véritable statut d’autonomie pour la Corse avec un statut fiscal adapté .
N’est ce pas ce que préconise le CIPPA depuis sa création : Le rassemblement des Guadeloupéens, sans aucun sectarisme et sur des objectifs clairs, pour obtenir un statut d’autonomie dans le cadre de la Constitution française et de la République
. »

3 réflexions sur « La leçon corse vue de Guadeloupe »

  1. Intéressant, la Guadeloupe aurait tout intérêt à aller vers une assemblée unique pour concentrer ses forces et être plus efficace dans ses investissements, mais il y a un problème à surmonter : la concentration aussi et la réduction du nombres des élus guadeloupéens qui s’accrochent tous à leur part de gâteau si petite soit-elle. Avec moins d’élus plus compétents, plus efficaces et qui ne se tirent pas dans les pattes, l’archipel se porterait sans doute mieux et pourrait mener des projets de développement, ce qui manque aujourd’hui à part le bitumage tout azimut, la disparition de terres agricoles au profit d’un nombre grandissant de zones commerciales tant que cela devient ahurissant.

  2. Le 17 Décembre 2017
    J’espère que nos responsables politiques auront l’occasion de lire ces deux documents-l’analyse de Didier Levreau et le texte d’Alain Plaisir- sur le cas de la Corse et que cela les incitera un peu(quand-même!!) à réfléchir sérieusement sur le devenir de la Guadeloupe.

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