La moitié des pesticides et engrais sont utilisés en  » pure perte » par l’agriculture

C’est la conclusion d’un rapport du commissariat général au développement durable, organisme dépendant du ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie. Que pèse les discours lénifiants sur la protection de l’environnement, face aux lobbies agricoles, qui polluent et co ûtent cher à  la collectivité ?

 L’information ne fait pas la une des journaux télévisés aux heures de grande écoute et c’est dommage :  » plus d’une million de tonnes de pesticides et d’engrais azotés, sur les 2,2 millions achetés et utilisés par l’agriculture conventionnelle en 2013 ne serviraient qu’à  polluer l’air, le sol et les nappes phréatiques. »

Dans le jargon technocratique on désigne  » externalités » ces pesticides et ces engrais chimiques qui n’atteignent pas leur cible, car mal et trop déversés, mais qui en revanche finirssent dans l’eau de votre robinet voire même dans vos poumons.

Cette information provient d’un organisme tout ce qu’il y a de plus officiel, le commissariat général du développement durable (CGDD) dans un rapport intitulé  » Les pollutions par les engrais azotés et les produits phytosanitaires, co ûts et solutions. » (consultable intégralement sur le site www.developpement-durable.gouv.fr).

Les auteurs de ce rapport précisent dans leur introduction que leur travail n’engage pas les institutions auxquels ils appartiennent … mais que leur document est fait pour  » stimuler le débat  » et chercher des solutions.

Les chiffres qu’ils avancent et la réalité qu’ils décrivent confirment les symptômes alarmants d’une société qui marche sur la tête. Car au-delà  de l’absurdité et de la nocivité du  » gaspillage » de pesticides répandus pour rien dans la nature, ils chiffrent aux environs de 3 milliards le co ût du traitement de l’eau et des sols pollués. Et leur rapport ne chiffre pas les répercussions et les dépenses de santé publique engendrées par ces produits toxiques qui se baladent dans la nature puis, quelque fois, dans nos organismes. Il serait intéressant d’évaluer la part que représentent dans le fameux  » trou de la sécurité sociale » les maladies liées aux pesticides, asthme, cancers, troubles neurologiques etc.

La puissance des lobbies

L’agriculture française produit 18% de la production agricole européenne pour un chiffre d’affaire de 65 milliards d’euros. C’est le premier pays européenn pour sa surface agricole utile avec 27,5 millions d’hectares. Cela pèse dans la balance et explique les inerties pour changer de modèle.

Les pollutions industrielles, domestiques et urbaines baissent mais les pollutions agricoles restent importantes et ne diminuent pas. La France apparait comme le mauvais élève de l’Europe parce que sa surface agricole utile est la plus importante, mais rapportée à  cette surface sa consommation de pesticides la place au 8em rang des pays européens, les Pays-Bas et la Belgique arrivant en tête.

Est-il possible de changer cette méthode absurde consistant à  alimenter une surproduction d’engrais et de pesticides, perdue à  50% ? Des pays cherchent des solutions, comme le Danemark qui a mis en place un système de limitation de l’azote en fonction des plantes cultivées et des surfaces. En cas de dépassement les agriculteurs doivent payer une amende.

On peut espérer que la prise de conscience des « dégats collatéraux » à  l’utilisation massive de produits chimiques par l’agriculture peut suffire à  changer les pratiques. Cela ne semble, hélas, pas être encore le cas. La loi, la sanction, la contrainte sont nécessaires, mais les Etats en sont-ils capables face aux puissants et actifs lobbies agricoles ? Encore une fois si la société civile et l’opinion publique ne s’en mêlent pas en s’emparant de ces informations, la situation ne changera qu’avec lenteur. Si elle change

Vous pourrez lire ci-dessous le résumé publié par le CGDD en préambule de son rapport.

Des produits non assimilés par les plantes, rejetés dans l’eau, dans l’air ou stockés dans le sol

Extraits : « Cette étude vise à  recenser les externalités liées à  l’utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais azotés en agriculture, ainsi que les instruments mis en place pour les réduire, de types réglementaires ou économiques, en France

ou à  l’étranger. Résultat d’un travail de documentation effectué au niveau interministériel, elle se situe dans la ligne de l’étude du CGDD de 2011 sur les principaux co ûts des pollutions agricoles (Bommelaer et Devaux, 2011).

La France est le premier pays consommateurs d’engrais minéraux de l’Union européenne (2,2 Mt d’azote d’engrais minéraux consommés en 2013) et le deuxième en matière de produits phytosanitaires (66,7 Mt de produits phytosanitaires vendus en 2013). Ce niveau de consommation est à  mettre en regard de la production agricole française (18 % de la production européenne) et de la surface agricole utile (16 % de la surface agricole utile de l’Union européenne). Toutefois, l’étude du bilan de la circulation de l’azote dans l’agriculture fait apparaître des quantités non négligeables d’azote en excès, qui pourraient atteindre 1,5 Mt par an, non assimilées par les plantes et rejetées dans l’eau, dans l’air ou stockées dans le sol.

Les externalités environnementales liées à  l’usage agricole des produits phytosanitaires et des engrais azotés sont multiples : pollution des eaux et de l’air, pollution des sols (dans le cas des produits phytosanitaires), émission de gaz à  effet de serre (dans le cas des engrais azotés) et atteintes à  la biodiversité. S’agissant des engrais azotés, une tentative de calcul du co ût pour la société engendré par ces externalités fournit une fourchette entre 0,9 et 2,9 millions d’euros par an.

La réglementation relative à  l’utilisation des engrais azotés et des produits phytosanitaires s’inscrit dans le cadre européen des directives dites  » nitrates  » et  » pesticides « , décliné et complété d’actions et programmes au niveau national (plan Ecophyto dans le cas des pesticides).

En matière de fiscalité, la redevance pour pollution diffuse s’applique aux quantités distribuées de produits phytosanitaires ; pour les engrais azotés, il n’existe pas de fiscalité spécifique (excepté la redevance élevage, qui s’apparente à  une taxation de l’azote des engrais organiques), mais diverses approches volontaires ont visé à  limiter l’usage des engrais azotés ( programmes d’appui aux investissements pour la gestion des effluents organiques, projets de territoire) Enfin, la loi d’avenir pour l’agriculture prévoit la mise en place d’une expérimentation de certificats d’économie de produits phytosanitaires. »