Conduite en état de tristesse

« Je me suis promis de rentrer dans le droit chemin de l’optimisme poliment correct ». C’est joli non ? Ce court texte de Majead diffusé sur le site Fwiyapin a plu à  Perspektives pour sa distance, son humour décalé, sa dérision, son actualité. Alors voilà  nous le mettons en ligne cette semaine: à  lire avec un sourire au lèvre et un pincement au coeur.

 Avant-hier, je me suis fait arrêter pour conduite en état de tristesse.

Le gendarme, un homme guilleret malgré lui, m’a fait souffler dans le ballon psychologique.

Le résultat ne s’est pas fait attendre :

 » Dix kilogrammes de désespoir dans le sang! »Â» affirma le brigadier.

J’ai protesté : » Mais Monsieur… ça ne vous arrive jamais de souffrir ?!… »

 » Si !  » me rétorqua-t-il aussitôt, et de continuer avec un sens éclairé du devoir :

 » Mais toujours avec modération et jamais avant de prendre le volant ! Une carafe de cafard, ça va …deux calvas de calvaire, ok…mais trois pichets de chagrin pur ? bonjour le désarroi !  »

Ecoutez, c’est vrai, j’ai un peu forcé sur la bibine de la déprime, vous avez raison, mais je traverse une épreuve douloureuse et difficile, ma femme m’a quitté avec les enfants, j’ai perdu mon job, et de surcroît, je suis interdit bancaire…et tout ça en 24 heures ! Avouez qu’il y a de quoi péter un câble quand même !

– Certes ! Mais en prenant la route alors que vous êtes bourré de soucis, vous vous mettez en danger, ainsi que les usagers par la même occasion ! Les autres ne sont pas responsables de vos malheurs ! Il faut prendre soin de vous et épargner autrui !

– M’enfin ! Vous ne pouvez pas me forcer à  être heureux tout de même ! Surtout quand j’ai de bonnes raisons de ne pas l’être !

– C’est pour votre bien vous savez, tout le monde court après le Bonheur et le bien-être !

– Mais espèce de sale connard de joyeux luron en képi ! Qu’est-ce que vous connaissez de mon bien, m »mportais-je, excédé par ce dogmatisme de bons sentiments…

Le Bonheur, c’est s’accepter tels que nous sommes, avec nos tristesses et nos joies ! Je revendique mon droit aux larmes sans pour autant me prendre des amendes pour excès de détresse !

Tranquillement, en sifflant l’air d’une chanson insipide, il m’embarqua pour outrage à  la bonne humeur nationale, et m’enferma dans la cellule de  » désouffrance « .

Le lendemain matin, il me relâcha avec une convocation au tribunal des sans-soucis, mais je ne me souvenais de rien de la veille ! Et surtout, j’avais une putain de migraine ! J’ai récupéré ma voiture depuis, et me suis promis de rentrer dans le droit chemin de l’optimisme poliment correct !

Enfin, j’vais essayer…