BOUCAN, le webzine « dadaïste » de la Caraïbe qui crée

Le premier numéro de ce webzine a été diffusé sur internet en avril 2010. Le quatrième est en ligne depuis quelques semaines. Le graphisme est inventif, les sujets traités intelligents. La lecture de ce site est un souffle d’air frais, tranchant sur les propos de crise pesants et répétés qui nous submergent parfois.

  » Ne subissons pas l’actualité, créons la » écrit dans le premier numéro Cédric Francillette, s’inspirant du slogan alternatif :  » Ne critiquez pas les médias, soyez les médias. »

Ceux qui ont crée ce site disent s’inspirer du Dadaisme, mouvement artistique, né en Suisse au siècle dernier, pendant la première guerre mondiale en réaction aux atrocités de la guerre, aux massacres et à  la  » crise inhumaine » majeure qui recommençaient. Les Dadaïstes voulaient ruer dans les brancards et  » lancer un signal d’alarme de l’esprit contre le déclin des valeurs ». Ils vociféraient contre l’aveuglement des militaires et la mort organisée qui s’annonçait. Leur mouvement n’a pas empêché d’autres horreurs de se produire au cours du siècle, mais ils ont essayé. Ces jeunes gens se nommaient Marcel Janco, Tristan Tzara de nationalité roumaine, Jean Arp, alsacien, Picabia, Man Ray etc. Leur idéal et leur mouvement, provocateurs et iconoclastes, ont été aussi brillants qu’éphèmères, l’intérêt collectif n’ayant pas résisté à  l’individualisme et à  la confrontation de personnalités fortes. Cela étant, la référence à  Dada, presque un siècle plus tard, n’est pas sans intérêt. D’autres valeurs se perdent en ce XXIe siècle et les raisons de « ruer dans les brancards  » pour de jeunes artistes ne manquent pas.

Un art brutal qui ouvre les coeurs, les corps et les esprits
Le but de ce webzine est de faire connaître la diversité et la richesse de créateurs issus de la Caraïbe, mais c’est aussi un laboratoire d’expérimentations graphiques.  » Le format nous permet cette liberté et nous y tenons. Nous développons un webzine très visuel, pour une diffusion dans les îles de langue anglaise et espagnole », explique Frédérique .  » Nous n’abordons pas les artistes sous un angle politique. Nous pouvons être amenés à  traiter avec des artistes dits plutôt « nationalistes » ou « métro » ou « blanc-pays » si leur oeuvre le justifie.Nous faisons avec les moyens du bord, nous n’avons pas le choix, mais le manque d’argent et de personnel ne doivent pas gêner le développement des idées, des initiatives et de la création d’une manière large. »

En feuillettant les quatre premier numéros de Boucan on rencontre Karim Louisar, de père congolais et de mère martiniquaise, un faiseur de musique qui après s’être nourri de jazz a bifurqué vers les musiques urbaines; Simone Lagrand, poète paroleuse qui s’interroge sur la notion de  » local » et réclame « moins de conteneurs et plus de contenu », Omar Richardson des Bahamas, Aurelia Walcott de la Barbabe et beaucoup d’autres.

On découvre dans le Boucan 3, l’atelier du Non-faire, imaginé à  Paris par Christian Sabas (1), Guadeloupéen, infirmier psychiatrique de profession mais aussi musicien et plasticien qui a réussi à  sa manière à   » ruer dans les brancards » de l’institution psychiatrique.

L’Atelier du Non-Faire est une sorte de voyage en création et en psychiatrie. En quelques mots et pour donner envie d’en lire plus sur Boucan, graphisme en plus, voici l’histoire : Christian Sabas a commencé à  travailler à  l’hopital de Maison Blanche à  Paris en 1975, avec rapidement cette idée généreuse de mettre  » l’expression artistique à  la place de la piqure ».

L’atelier du Non-Faire a existé à  partir de 1983 avec la volonté d’être un espace positif de création dans un environnement psychiatrique plutôt générateur d’angoisse. Face à  la souffrance des patients au lieu d’user de la chimie et de la contrainte l’infirmier guadeloupéen propose l’instrument de musique et les pinceaux. Et ça marche. L’Atelier du Non-Faire est une aventure qui se poursuit aujourd’hui avec cet infirmier  » hors norme » auquel l’institution a laissé une place.

« Je fais un métier gratifiant », confie Christian Sabas sur son site, « quand je pars le matin à  l’hôpital je suis content. Je vais faire le sauvage avec mon tambour et quand j’obtiens le sourire d’un gars jusque là  fermé, alors là  ! »

C’est cet « art brutal » qu’il évoque, celui qui ouvre les coeurs, les corps et les esprits. A la question: qu’est ce que le non-faire ? L’artiste- infirmier répond:  » un lieu o๠l’on peut entrevoir la cessation de nos angoisses ». A lire et à  voir sur Boucan.

boucan 1

boucan 2

boucan 3

boucan 4

(1) Christian Sabas a exposé en Guadeloupe lors de l’édition 2009 de Artbemao