Les Antilles néerlandaises n’existent plus décolonisation ou recolonisation ?

Alors que la Guadeloupe s’interroge sur son statut et son avenir dans un débat politique qui a quelques difficultés à  atteindre la société civile, des îles ailleurs dans le monde vivent elles aussi, des épisodes importants de leur histoire. Aucune situation n’est comparable, mais il est toujours utile d’observer ailleurs ce qui se passe et comment ça se passe. Plusieurs territoires, ultimes traces des empires coloniaux dissous dans le XXe siècle, sont, comme la Guadeloupe, à  une croisée des chemins. Il s’agit de la Nouvelle Calédonie dans l’océan Pacifique et de cinq îles de la Caraïbe qui appartenaient jusqu’au 10 octobre dernier aux Antilles néerlandaises. Aucune situation n’est comparable, mais il est toujours utile d’observer ailleurs ce qui se passe et comment ça se passe.

La Guadeloupe, département français à  7000 kilomètres de Paris, la Nouvelle Calédonie – à  17 000 kilomètres de l’hexagone français et 1500 km du continent australien, avec d’importantes ressources en nickel dans son sous-sol – ancien territoire d’outre-mer bénéficiant d’un statut spécifique issu des accords de Nouméa ; Aruba et plus récemment Curaçao, Etats autonomes de la Caraïbe associés au royaume du Pays-bas, sont des îles différentes et uniques dans leurs genres. Uniques, ces territoires ne sont pas pour autant seuls au monde. Ainsi deux événements concernant quelques centaines de milliers d’îliens de par le monde sont presque passés inaperçus ces dernières semaines.

Nouvelle Calédonie, objectif 2018

Depuis le mois d’ao ût 2010, la Nouvelle Caledonie possède un hymne, une devise et des billets de banque spécifiques.La devise de la Nouvelle Calédonie n’est plus celle de la République: « Liberté, égalité, fraternité, » mais « Terre de parole, Terre de partage », référence à  la terre, à  la parole donnée et au partage, reconnaissance de l’interculturalité et de la nécessité d’un partage plus équitable des richesses de l’île. Un meilleur partage qui reste à  faire d’ailleurs. Douze ans après la signature des accords de Nouméa trois des cinq signes identitaires qui caractérisent un pays sont présents dans l’île. Il en manque deux : un nom et un drapeau. La question, très sensible est prudemment reportée à  plus tard.

Depuis douze ans la Nouvelle Calédonie est engagé dans un processus d’autonomie qui sera tranché entre 2014 et 2018 par un référendum. La population devra choisir entre trois voies possibles l’indépendance pure et simple; l’indépendance tout en conservant des liens avec la France ou bien une autonomie maximale. L’hymne, la devise, les billets de banque sont un pas dans ce processus; en 2012 un autre sera franchi avec le transfert des compétences en matière d’éducation et d’enseignement.

Le débat sur le drapeau entre les tenants du drapeau kanak comme symbole national; ceux qui préféreraient voir associé le drapeau kanak au drapeau français, comme ce fut le cas, pour la première fois, en juillet 2010 lors d’une visite de François Fillon; et un troisième camp qui opte pour un seul drapeau, nouveau celui là , synthétisant le tout et symbolisant l’avenir du pays, indique que rien n’est tranché. Le processus a encore du temps pour arriver à  maturation avant l’échéance de 2018, mais il faudra bien choisir.

Deux nouveaux Etats autonomes dans la Caraïbe et trois communes spéciales

Ce qui vient de se passer dans les Antilles néerlandaises n’est pas si commun.

Le 10 octobre 2010 – 10/10/10 pour les amateurs de numérologie – l’île de Curaçao – 150 000 habitants, à  65 km au large du Vénézuéla – et la partie hollandaise de Saint-Martin – 40 000 habitants – sont devenues chacune des Etats ou pays autonomes associés au royaume des Pays-Bas. Les petites îles de Bonnaire, Saba et Saint-Eustache, moins de 20 000 habitants à  elles trois, sont devenues des communes néerlandaises – un statut de municipalités spéciales – directement rattachées aux Pays-Bas. Un long processus politique et plusieurs consultations de la population ont mené à  ce résultat.

Ces cinq territoires qui composaient jusqu’alors une sorte d’Etat fédéral des Antilles Néerlandaises dominé par Curaçao, ont pris leur indépendance entre elles, sans rompre avec leur « métropole ».

 » Est-ce la fin de la décolonisation ou le début de la recolonisation?  » s’interrogeait il y a quelques jours un journaliste hollandais sur le site de Radio Nederland Wereldomroep. On ne peut pas dire en effet que la Hollande lâche ses anciennes colonies. La défense et la politique étrangère resteront sous le contrôle de La Haye qui garde également un droit de regard financier pour éviter que la dette de ces nouveaux pays s’alourdissent. Pour favoriser ce « nouveau départ » et assainir les finances de Curaçao et Sint Maartens, les Pays-Bas épongent 70% de leurs dettes.

Cette évolution statutaire a pour objectif, selon le discours dominant de la classe politique au Pays-Bas et dans les îles, de permettre aux grandes îles devenues des pays de gérer elles-mêmes leur développement sans s’encombrer du souci des petites îles.

Curaçao et Sint Maartens suivent la voie tracée dans les années 1980 par Aruba, une autre île néerlandaise, qui a obtenu le statut d’Etat autonome en se désolidarisant il y a quinze ans des Antilles Néerlandaises, mais pas de La Haye.

Depuis 1986 Aruba a une constitution, une assemblée législative qui s’occupe des affaires intérieures, un premier ministre et un gouverneur nommé par La Haye, représentant les Pays-Bas dans l’île. Sur un plan économique son statut d’Etat autonome a plutôt réussi à  Aruba qui tire ses ressources du tourisme, entre 600 000 et 1 000 000 de touristes par an ( 35% des emplois, 38% du PIB), du raffinage du pétrole et de services financiers off-shore, en clair de paradis fiscaux attractifs.

Ce changement de statut pour deux îles de la Caraïbe est-il un pas vers une plus grande indépendance politique ? Ce n’est pas s ûr. Dans les années 1990, quand Aruba s’acheminait vers une autonomie politique plus compléte, le processus a été supendue tant pour des raisons de viabilité économique que politique.

Cela étant l’histoire ne s’arrête pas en 2010. La question d’une indépendance totale a été posée pour Curaçao o๠des leaders du parti Peublo Soberano qui milite pour l’indépendance ont déclaré que la date « du 10/10/10 était romantique, mais ne signifiait rien. »

Nouvelle Caledonie, Curaçao, Aruba , rien à  voir avec la Guadeloupe.

Imaginer entre la Guadeloupe et ses îles voisines un processus comparable à  celui des Antilles néerlandaise relève de la politique fiction. Cela se passe pourtant dans la Caraïbe. Ces exemples d’aventures ilîennes fournissent tout de même des éléments de réflexion sur les différents chemins du possible en matière de changement, d’évolution statutaire et d’émancipation de ces petits pays, vis à  vis de leurs anciennes métropoles. A suivre donc.

Cela pose aussi la question de la Caraïbe et de son unité, Aruba, Curaçao et la partie hollandaise de Saint-Martin ont préféré faire cavaliers seuls en gardant un lien avec les Pays-Bas, plutôt que développer la fédération qui les réunissait. La culture de l’individualité dans cette mer à  l’histoire complexe, n’est pas une idée vaine.